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Histoires Web mardi, juin 18
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LETTRE DE VARSOVIE

L’épopée de la synagogue de Slonim, l’une des plus belles de Biélorussie et la deuxième plus ancienne du pays, entame un nouveau chapitre. A l’abandon depuis des décennies, elle a été rachetée pour 42 roubles biélorusses (12 euros) lors d’une vente aux enchères organisée par les autorités en février.

Son nouveau propriétaire, au nom jusqu’ici maintenu secret, Denis Dudarev, a rencontré le chef du comité exécutif de la région de Slonim en mai. « Mes intentions de restaurer la synagogue Slonim sont des plus sérieuses », a assuré ce mystérieux homme d’affaires russe dont les propos ont été rapportés dans le journal local Slonimski Vesnik.

L’homme, qui a fait fortune dans la construction mais dont on sait peu de choses, dispose désormais de cinq ans pour rénover l’édifice religieux en préservant ses caractéristiques historiques et stylistiques. L’entreprise de M. Dudarev était la seule à s’être engagée dans la vente de la synagogue. Après une série d’enchères infructueuses, le prix de départ avait été abaissé à la modeste somme de… 11 euros.

Une synagogue historique

L’intérieur de la synagogue de Slonim, en Biélorussie, en 2021.

Construite en 1642, alors que la ville de Slonim se trouvait à un important carrefour culturel et commercial de la République des Deux Nations (soit l’union du grand-duché de Lituanie et du royaume de Pologne), la synagogue était fréquentée par une communauté juive d’un millier de personnes, dont l’importance n’a cessé de croître au fil des siècles. La synagogue, en pierre et en brique, a même fait partie d’un système de fortifications urbaines.

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« Elle renferme des sculptures et des fresques uniques. Il ne reste rien de tel dans les autres synagogues de Biélorussie. La plupart ont été soit détruites lors des dernières guerres – ou par les autorités soviétiques – soit réaffectées et nettoyées de toutes leurs décorations, souligne Anton Trafimovich, ex-journaliste originaire de Slonim, aujourd’hui en exil, qui regrette d’en savoir si peu sur le nouvel acquéreur. J’espère qu’il va s’en tenir au caractère originel de l’édifice car on a déjà vu des reconstructions historiques en Biélorussie qui s’en éloignaient considérablement. Malheureusement, la grande majorité des journalistes indépendants ont dû quitter le pays ou la profession, les autorités peuvent donc faire ce qui leur chante. »

Un joyau à l’abandon

En 1921, 71 % de la population de Slonim (sur près de 10 000 personnes) était juive. Décimés par l’occupant nazi, seule une quarantaine de juifs y vivaient encore en 1946, au lendemain de la libération par les Soviétiques. Le lieu de culte fut transformé en entrepôts pour les besoins d’un magasin de meubles, puis définitivement abandonné dans les années 1990. Un petit marché a été installé juste à côté, dans cette ville de l’ouest de la Biélorussie qui compte 50 000 habitants aujourd’hui.

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