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Emilien Houard-Vial est postdoctorant au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Auteur d’une thèse en science politique portant sur la production et la diffusion de l’idéologie au sein de la droite française, il analyse pour « Le Monde » la stratégie du parti Les Républicains à l’approche des élections municipales de 2026 et présidentielle de 2027.

A la suite de la mort du militant nationaliste Quentin Deranque, le 14 février, le président du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, a réclamé, comme celui du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, l’instauration d’un « cordon sanitaire » autour de La France insoumise (LFI) en vue des élections municipales de mars. Cette expression a-t-elle déjà été utilisée contre un parti de gauche ?

A ma connaissance, c’est la première fois. L’idée a d’abord été adoptée en Belgique, à la fin des années 1980, avant de l’être en France pour décrire l’engagement, par les autres partis, à s’abstenir de toute alliance ou coalition avec le Front national [FN]. Cette exclusion d’un seul parti par tous les autres, pour éviter la « contamination » des idées antirépublicaines, arrive à une époque où le Parti communiste français, longtemps diabolisé par la droite, n’était plus considéré comme une menace crédible. Pour en arriver au renversement actuel de l’expression et à son utilisation contre un parti de gauche, il a fallu la concordance de deux dynamiques : la « normalisation » du RN, qui ne fait plus l’unanimité contre lui, et l’apparition d’une nouvelle force de gauche radicale, LFI.

Il y avait certes déjà eu des appels ponctuels à ne pas faire gagner la gauche. Aux élections législatives partielles d’octobre 2025 dans le Tarn-et-Garonne, LR avait ainsi appelé à voter pour le candidat UDR [Union des droites pour la République] allié au RN contre une candidate socialiste. Nous assistons aujourd’hui à une prise de position à l’échelle du parti et pour l’ensemble du scrutin.

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