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Eleni Glykatzi-Ahrweiler, grande byzantiniste, est morte

La grande historienne franco-grecque Eleni Glykatzi-Ahrweiler, spécialiste des études byzantines et première femme à avoir dirigé la prestigieuse université française de la Sorbonne, est morte lundi 16 février à 99 ans.

Le président grec, Konstantinos Tasoulas, a rendu hommage lundi à celle « qui a illuminé par son travail la dimension intemporelle de l’identité grecque » et a « contribué de manière décisive à la reconnaissance internationale de Byzance comme pilier fondamental de la civilisation européenne ».

Ses écrits, nombreux et largement traduits, restent une référence pour la byzantinologie, mais aussi pour les relations de la Grèce avec l’Europe et la Méditerranée.

Née à Athènes en 1926 de parents originaires d’Asie Mineure, Eleni Glykatzi-Ahrweiler se passionne très tôt pour l’histoire. Son passé de réfugiée et son histoire familiale ont joué un rôle déterminant dans ce choix. Après s’être engagée dans la résistance durant la seconde guerre mondiale, elle suit des études à l’université d’Athènes avant de partir en 1953 pour la France.

Unicef et CNRS

A Paris, elle rencontre son futur mari, Jacques Ahrweiler (1918-2010), officier de la marine nationale, avec lequel elle aura une fille, Marie-Hélène. En 1955, elle entre comme chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), puis est promue maître de recherches. En 1967, elle quitte le CNRS pour devenir professeure à la Sorbonne.

Elle devient la première femme, en sept cents ans d’histoire de l’institution française, à occuper les plus hautes fonctions administratives : cheffe de département, présidente d’université et rectrice.

En 1982, c’est le président socialiste François Mitterrand qui la nomme rectrice de l’académie de Paris, chancelier des universités de Paris, faisant d’elle la première femme à occuper l’un des postes les plus prestigieux de l’Education nationale.

Pour l’historienne, Byzance n’était pas un simple objet d’étude, mais un véritable laboratoire de pensée politique, d’organisation sociale et de continuité culturelle. Son influence dans les institutions universitaires européennes a été considérable.

Elle a été directrice du département d’histoire et présidente de la commission de la recherche de la faculté des lettres de l’université de la Sorbonne (1969-1970), professeure invitée à l’université Harvard (1973-1974), et docteure honoris causa de nombreuses universités, de Londres à New York. Elle a également été ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef et a fréquenté à Paris des artistes comme Simone de Beauvoir, Louis Aragon, Pablo Picasso ou Françoise Sagan.

Durant la crise financière ou les tensions avec la Turquie, elle a souvent été interrogée par les médias grecs sur l’identité grecque et européenne. « La patrie, c’est une émotion, c’est le lieu qui renferme nos souvenirs et nos émotions. La patrie, ce sont nos intérêts communs, le “nous” », avait notamment déclaré la byzantinologue, qui a vécu une grande partie de sa vie en France.

Le Monde avec AFP

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