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El Mouhoub Mouhoud est économiste et président de l’université Paris Sciences et Lettres (PSL). Spécialiste de la mondialisation et des migrations internationales, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Prénom. Esquisse pour une auto-histoire de l’immigration algérienne (Seuil, 2025) et L’Immigration en France. Mythes et réalités (Fayard, 2017).

L’Espagne a annoncé, fin janvier, une régularisation massive d’étrangers sans papiers. Est-ce une décision rare en Europe ?

Non, ce n’est pas si rare. Sur le continent, plusieurs régimes d’immigration coexistent, définis en fonction d’un ensemble de caractéristiques structurelles telles que les besoins du marché du travail, la démographie, la spécialisation internationale, le poids des services dans l’économie… L’Europe du Sud suit un régime d’immigration de masse : comme le Portugal, l’Espagne a accompagné sa croissance rapide des années 2000 en allant chercher de la main-d’œuvre, en particulier en Europe de l’Est, rapidement régularisée. L’Italie relève, elle aussi, de ce modèle, et cela n’a pas changé avec l’arrivée au pouvoir [en 2022] de Giorgia Meloni [issue du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia].

A l’opposé, l’Allemagne ou les pays scandinaves misent sur une immigration régulière, bien encadrée en fonction des besoins, avec des investissements massifs sur l’accueil : 0,5 % du PIB pour l’Allemagne, et près de 0,6 % pour la Suède, par exemple, selon les données de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques], contre seulement 0,07 % du PIB pour la France.

Entre ces deux modèles, la France compte au moins 500 000 immigrés en situation irrégulière permanente, selon les estimations. Pour des motifs politiques liés aux pressions exercées par les partis d’extrême droite, l’immigration régulière de travail est réduite au minimum. Résultat : les employeurs ont des besoins tellement forts dans certains secteurs qu’ils se tournent vers l’immigration irrégulière. On peut qualifier ce régime de contre-productif, car il tourne le dos aux intérêts de la France. Une distribution accrue de visas de travail réduirait significativement le recours à l’immigration irrégulière.

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