« Diables blancs » (White Devils), de James Robert Baker, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yoko Lacour, Monsieur Toussaint Louverture, 288 p., 20,90 €, numérique 15 €.
Certains masques sont des aveux, certaines entrées en scène de véritables mises en garde. En signant Adrenaline (1985), le premier de ses sept romans, du pseudonyme de James Dillinger, le romancier et scénariste américain James Robert Baker (1946-1997) mitraillait le lustre, s’essuyait avec les rideaux et prenait un maquis littéraire qu’il n’a jamais plus quitté jusqu’à son suicide. Racontant la cavale d’un couple gay talonné par les agents de l’ordre, ce thriller outre-noir ouvrait le bal d’une œuvre radicale que l’édition française a, jusqu’à présent, superbement ignorée – mais que les pirates des éditions Monsieur Toussaint Louverture ont l’heureuse idée de nous faire découvrir avec la publication posthume, inédite en anglais, de Diables blancs.
Un œil au copieux « dossier Baker ». A l’étroit dans sa famille droitière de Long Beach (Californie) où le Bon Dieu l’a fait naître, homosexuel à temps plein (son parano de père pousse la sollicitude jusqu’à le faire suivre par un détective privé pour avérer sa liaison avec un voisin) découvrant néanmoins l’amour avec une bikeuse-braqueuse dans les montagnes russes d’un parc d’attractions, Baker fait vite allégeance à l’alcool et à la drogue, mais rompt in extremis avec ces mauvaises fées. Cinéphile fieffé, il met le cap sur Hollywood, s’épuisant à l’écriture de scénarios et réalisant, en 1984, pour 2 000 dollars, et déjà sous le nom de Dillinger, le film culte Blonde Death, anticipation queer de C’est arrivé près de chez vous (de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde, 1992).
Sa conversion quasi sacerdotale à la littérature s’effectue avec Adrenaline que suit, sur le monde du rock, Fuel-Injected Dreams (1986), puis, monumentale, la satire antihollywoodienne Boy Wonder (1988), avec son producteur mégalo et ses séries B tournées sur le pouce. Le rêve fraîchit, en 1993, avec l’effréné Tim and Pete mêlant, à l’heure du sida, l’activisme queer, la violence politique et une noirceur dévastatrice. Mais le livre choque. Trop, c’est trop : les éditeurs n’y sont désormais plus pour personne. Baker cesse d’être publié.
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