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Histoires Web mardi, juin 18
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Deux tableaux, Les Péniches (1870), d’Alfred Sisley, et Cariatides (1909), d’Auguste Renoir, ont été restitués aux onze ayants droit du galeriste juif Grégoire Schusterman (1889-1976), jeudi 16 mai, au ministère de la culture, en présence de la ministre, Rachida Dati. Dans un salon doré de la Rue de Valois, l’heure est à l’émotion. Cinq ayants droit sont venus, accompagnés par leur famille – les six autres, habitant aux Etats-Unis, sont absents. Ils se prennent en photo autour des tableaux avant le début de la cérémonie. Soucieux de mettre la lumière sur leur parent plutôt que sur eux-mêmes, ils préfèrent garder l’anonymat. « On est très émus. L’histoire remonte à la surface », murmure l’une d’eux.

La trajectoire de ces tableaux éclaire un volet particulier de l’histoire des spoliations nazies durant la seconde guerre mondiale, celui des « ventes forcées ». Pendant l’Occupation, Grégoire Schusterman, dont la galerie est installée avenue de Kléber, dans le 16e arrondissement de Paris, demande la résiliation de son bail en août 1940 pour se mettre à l’abri des persécutions allemandes, et se sépare de plusieurs tableaux.

Le 1er mars 1941, il vend Les Péniches au marchand d’art Raphaël Gérard pour la somme de 170 000 francs. Le tableau est ensuite revendu à la galeriste munichoise Maria Gillhausen. Adolf Wüster, alors attaché culturel de l’ambassade d’Allemagne à Paris – qui a joué un rôle actif dans le transfert d’œuvres sur le marché de l’art sous l’occupation allemande –, est l’intermédiaire de cette transaction.

Intermédiaire nazi

Le tableau de Renoir suit un mouvement similaire. La date à laquelle Grégoire Schusterman s’en sépare n’est pas connue. Mais la toile ressurgit sur le marché de l’art le 22 mars 1941, lorsque Alfred Pacquement, un négociant spécialisé dans les biens coloniaux, la cède à Maria Gillhausen. Si le médiateur de l’échange est, cette fois, un joueur de tennis français, Pierre Henri Landry, une copie de la facture prouve l’implication du même intermédiaire nazi, Adolf Wüster, dans la réalisation de la vente.

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Après la seconde guerre mondiale, les tableaux naviguent de musée en musée. Ils sont rapportés en France au côté de milliers d’autres biens culturels par la commission de récupération artistique, créée par le gouvernement en 1944, identifiés grâce au travail de la résistante et conservatrice du Musée du Jeu de paume, Rose Valland, qui avait collecté clandestinement des informations sur les œuvres volées aux familles juives.

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Les Cariatides a été retrouvé dans un château bavarois avant d’être rapatrié en France, le 3 juin 1948. Il trouve alors refuge dans la région de Nice. Il passe au Musée Masséna, au Musée des beaux-arts de Nice, puis au Musée Renoir, à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes). Les Péniches est retrouvé après la guerre chez Lotte Kayser, une proche de la galeriste munichoise Maria Gillhausen, en Rhénanie (Allemagne). La peinture est ensuite déposée au Musée de Dieppe (Seine-Maritime) en 1954. Les deux toiles ont intégré la liste des 2 200 œuvres « Musées nationaux récupération » (MNR), œuvres non réclamées qui sont confiées à la garde des musées nationaux.

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