Son départ avait été évoqué dans la presse, le 10 février, quelques jours après la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques (JO) de Milan-Cortina 2026 : Cyril Linette serait sur le point d’être démis de ses fonctions de directeur général du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) d’hiver 2030 dans les Alpes françaises, dix mois après sa nomination, en avril 2025. L’issue semblait inévitable. Le sort de l’ancien patron des sports du groupe Canal+ et du Pari mutuel urbain (PMU) a finalement été scellé mercredi 25 février, dans un communiqué publié quelques minutes avant une audition d’Edgar Grospiron, le président de l’instance, et du délégué interministériel aux Jeux, Pierre-Antoine Molina, par une commission sénatoriale.
Le Cojop avait déjà pris acte, le 11 février, des « désaccords insurmontables » entre Edgar Grospiron et l’homme qui était encore son bras droit. Les parties prenantes des Jeux 2030 – l’Etat, les deux régions hôtes (Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur), les comités olympique et paralympique – avaient alors expliqué dans un communiqué « [avoir] donné leur aval au président du Cojop pour conduire les discussions nécessaires et lui [avoir] demandé de proposer la solution la plus adaptée à l’intérêt collectif du projet ».
L’officialisation était attendue, le 22 février, à l’issue du bureau exécutif du Cojop qui s’est tenu à quelques heures de la cérémonie de clôture des JO de Milan-Cortina, lors de laquelle les organisateurs des Alpes 2030 se sont vu remettre le drapeau olympique. Mais l’échéance avait été repoussée, tout en paraissant inévitable : « J’ai le mandat pour mener cette procédure à son terme. Et ça le sera dans les jours qui viennent », assurait alors Edgar Grospiron devant les médias. Dans son communiqué de mercredi, le Cojop « tient à saluer le travail accompli par Cyril Linette depuis son arrivée (…). Son engagement a notamment permis de structurer l’organisation, de constituer une équipe de direction de grande qualité, aux expertises complémentaires et de faire adopter le premier budget pluriannuel (…) à l’automne ».
« Hors de tout contrôle »
Toute prévisible qu’elle ait été, la mise à l’écart du DG ne risque pas de dissiper les doutes sur la bonne marche du Cojop, enlisé dans une crise de gouvernance depuis les démissions d’Anne Murac, la directrice des opérations, au début de décembre 2025, et d’Arthur Richer, directeur de la communication, à la mi-janvier.
Ce fut ensuite au tour de Bertrand Méheut de claquer la porte, quelques jours avant le coup d’envoi des Jeux en Italie. Le président du comité des rémunérations – un organe indépendant chargé de donner son avis sur les rétributions et les avantages en nature des salariés des Alpes 2030, notamment des dirigeants – avait travaillé à deux reprises avec Cyril Linette, au sein de Canal+ et du PMU. Avant de quitter sa fonction, il a livré un réquisitoire sévère contre Edgar Grospiron dans un courrier électronique, relayé par L’Equipe et Le Parisien : « Le président, accompagné en principe d’un directeur général exécutif, se comporte comme s’il était président-directeur général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence. »
L’ancien champion olympique de ski de bosses apparaît plus que fragilisé, avant son audition par le Sénat. Le 26 janvier, la ministre des sports, Marina Ferrari, avait demandé « une clarification rapide et complète sur (…) la stabilité » du Cojop. Une « mission d’accompagnement », confiée à Etienne Thobois, ancien directeur général de Paris 2024, avait été lancée et ses premières conclusions ont été examinées dimanche par le bureau exécutif du Cojop. A moins de quatre ans de l’échéance, le temps presse et les autorités françaises comme le Comité international olympique perdent patience.












