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Contrairement aux apparences, la France n’a rien perdu de son influence. Dans une période déboussolée, ce n’est pas son magistère moral qui est prisé à l’étranger, mais ses idées, dont certaines se propagent dans le monde entier. C’est ainsi : de Rousseau à Foucault, de Sartre à Barthes, la France exporte autant de grands crus que de pensées internationalement reconnues.

Le débat idéologique de ces dernières décennies s’est focalisé sur la pensée française des années 1960 et sa reprise outre-Atlantique par des théories qui articulent le genre, la classe et la « race », fédérant autour d’elles de jeunes activistes. En 2024, les manifestations d’étudiants rassemblés contre l’écrasement de Gaza avaient été imputées au « wokisme », cette manière d’être éveillé aux inégalités de genre, aux préjugés raciaux et reliquats coloniaux. Sur le banc des accusés, la déconstruction diffusée sur les campus américains, sous le nom de « French Theory » et sous l’égide de Jacques Derrida (1930-2004), Michel Foucault (1926-1984) ou Gilles Deleuze (1925-1995). Des essayistes, souvent rattachés à la sphère conservatrice et néoréactionnaire, ont installé dans l’opinion l’idée que ces pensées de la différence scellaient la fin de l’universalisme et le triomphe de l’identitarisme.

Mais voici qu’une autre théorie française influente aux Etats-Unis resurgit dans l’espace public depuis l’essor du trumpisme. Une autre French Theory concentrée sur le campus de Stanford, en Californie, dont les philosophes René Girard (1923-2015) et Michel Serres (1930-2019) – sans oublier Jean-Pierre Dupuy, leur cadet, né en 1941 – sont les principaux représentants. Ancien de l’Ecole navale et philosophe des sciences, Michel Serres comprit très tôt que notre siècle serait celui de la communication et théorisa la nécessité de faire de la nature un sujet de droit. Ancien élève de l’Ecole des chartes et anthropologue autodidacte, René Girard mit au jour la rivalité engendrée par le mimétisme des désirs tout comme les liens entre la violence et le sacré. Polytechnicien, spécialiste des questions nucléaires, Jean-Pierre Dupuy élabore une métaphysique des catastrophes, des pandémies aux tsunamis.

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