J’ai grandi dans un village du nord de la France, dans une famille d’instituteur et d’institutrices (le pluriel n’est pas une erreur). Quand j’étais enfant, ma mère m’enjoignait de toujours quitter la table en ayant faim, parce que, sinon, j’allais grossir. Elle me disait, devant mon bidon de petite fille, de faire attention.
J’ai grandi dans les années 1980, en lisant en cachette OK Podium, en calculant et recalculant mon IMC [indice de masse corporelle], en me tordant le cou pour vérifier dans le miroir de ma chambre si j’avais une culotte de cheval, en me désespérant car les stylos restaient coincés sous mes seins de fille de 16 ans : paraît-il que si j’avais eu la poitrine bien droite, les crayons seraient tombés.
J’ai été adolescente et jeune femme à un temps où Bridget Jones et Kate Winslet étaient qualifiées de trop grosses, j’ai été adolescente dans un temps où, quand ma grand-mère me cousait mes habits, ma mère rajoutait quelques centimètres à la longueur des jupes, à l’échancrure d’un décolleté, au cintrage de la taille. J’ai appris qu’il ne fallait pas trop se faire remarquer, ne pas parler trop fort, ne pas prendre trop de place.
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