Cette fois, c’est bien fini. José Alvarez, fondateur et directeur des Editions du Regard, tire le rideau sur l’aventure qu’il avait lancée à la fin des années 1970. En près d’un demi-siècle, cette maison indépendante aura publié plus d’un millier de livres d’art – souvent splendides, parfois sophistiqués, toujours singuliers. Editeur fantasque, imaginatif, volontiers excessif, José Alvarez s’amusait depuis vingt-cinq ans à proclamer que tel ou tel titre serait le dernier, manière de conjurer la fermeture, ou de brouiller les pistes. Mais cette fois, ce n’est plus une boutade : Le Regard cessera toute activité le 31 mars, sans repreneur, ni miracle de dernière minute. « Le dur désir de durer », selon le mot de Paul Eluard qu’affectionne tant l’éditeur, aura fini par céder.
L’histoire des Editions du Regard débute en 1977, dans un paysage du livre d’art encore confidentiel, dominé par quelques grandes maisons – Gallimard, Mazenod, Skira, Le Chêne – et par des catalogues d’exposition d’une sobriété morne. Après le refus par Flammarion d’un ambitieux programme de livres d’art qu’il avait soigneusement élaboré, José Alvarez, Franco-Espagnol né en 1947, décide de se lancer seul, avec pour capital un modeste héritage de sa grand-mère. Comme il trouve son patronyme trop banal, et qu’il souhaite cultiver le raffinement, il se met en quête d’un autre nom, susceptible d’exprimer plus justement son projet : embrasser le XXe siècle, l’art et les formes. Le Regard s’impose alors à lui comme une évidence.
Il vous reste 77.41% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.











