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Il y a des moments où la politique européenne donne le sentiment de s’éloigner dangereusement de ce qu’elle prétend être. Ces jours-ci, elle nous rappelle à quel point l’extrême droite tient désormais la plume. A quel point son idéologie malsaine s’est infiltrée partout. Lundi 9 mars, le Parlement européen se prononcera sur la proposition de règlement « Retour », établissant un système commun en matière de retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans l’Union européenne (UE).

Derrière les compromis parlementaires se dessine une évolution profondément inquiétante : la normalisation, au cœur même des institutions européennes, d’idées que l’extrême droite défend depuis des années. Centres de rétention des personnes en séjour irrégulier implantés hors d’Europe. Enfermement d’enfants pour des raisons migratoires. Externalisation toujours plus loin des traitements des retours et des demandes d’asile, à des milliers de kilomètres des frontières de l’UE, et donc externalisation des responsabilités européennes.

Ce qui se discute sur les bancs du Parlement européen n’est pas seulement une réforme technique. C’est un basculement politique et moral.

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Pendant longtemps, les partis centristes et conservateurs affirmaient constituer un rempart contre l’extrême droite. Mais à force de courir derrière ses thèmes, de reprendre ses mots et d’intégrer ses obsessions dans les politiques publiques, ce rempart s’est fissuré. Ce qui apparaissait hier encore inacceptable est devenu progressivement banal. L’histoire européenne devrait pourtant nous avoir appris une chose simple : lorsque la peur devient le moteur des politiques publiques, ce sont toujours les droits fondamentaux qui reculent en premier.

Avertissement récent

Le projet européen s’est construit sur la promesse inverse. Après les catastrophes du XXᵉ siècle, l’Europe a voulu se refonder sur une idée simple : la dignité humaine devait être au cœur de l’action publique. Aujourd’hui, cette promesse vacille. Car que dit réellement la direction prise par nos collègues libéraux, conservateurs et d’extrême droite qui sera votée lundi 9 mars ? Qu’il serait acceptable d’enfermer des enfants pour des raisons administratives. Qu’il serait normal d’envoyer des personnes vers des centres de détention situés hors du territoire européen, où les droits humains ne sont pas respectés. Qu’il faudrait bâtir des mécanismes d’expulsion toujours plus puissants.

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