La revue des revues. Face à l’« extrême-droitisation » du monde, les intellectuels de gauche oscillent souvent entre la sidération, l’accablement et la mobilisation. Codirigé par le philosophe Michel Feher, auteur de Producteurs et parasites. L’imaginaire si désirable du Rassemblement national (La Découverte, 2024), le média en ligne Diagrammes a choisi la réplique analytique.
Composé d’entretiens filmés avec des chercheurs, journalistes et militants − sous-titrés et accompagnés d’un dossier −, la plate-forme gratuite ausculte depuis près d’un an « la structuration d’une véritable internationale brune ». Mais avec la volonté de recourir à des schémas interprétatifs adaptés à la période que nous traversons, puisque les partis d’extrême droite ne sont « pas tous taillés sur le même patron » : ils peuvent être laïcs ou catholiques, nationaux-populistes ou techno-fascistes, libertariens ou traditionalistes.
« Tétanisés par la nouvelle donne, certains à gauche peuvent être tentés de faire comme si rien n’avait changé », écrit Michel Feher, même si l’historienne Stéfanie Prezioso fait observer, dans un entretien accordé à Diagrammes, que « les mouvements auxquels on a affaire aujourd’hui en Italie, le berceau du fascisme, n’ont jamais disparu ».
Chercheurs chevronnés
Afin de « rendre compte de ce qui nous arrive », Diagrammes donne à lire cinq « programmes » en accès libre. Un premier consacré aux « mutations du capitalisme » depuis la crise des subprimes de 2008. Un second tourné vers « l’émergence d’un ordre géopolitique inédit », avec la nouvelle « connivence des brutes » qui se partagent la planète. Un troisième qui établit une « typologie des extrêmes droites ». Un quatrième portant sur le déni climatique qui s’est aujourd’hui transformé en « carbocynisme », relève Michel Feher. Enfin, un cinquième est axé sur les « leçons que les gauches devraient tirer des évolutions en cours ».
Le défi n’est pas mince, c’est pourquoi les cofondateurs de Diagrammes, Michel Feher et Aurélie Windels, coordinatrice du collectif Cette France-là, se sont entourés d’une équipe de jeunes chercheurs chevronnés. L’audience est encore assez confidentielle, mais les internautes qui commencent à plonger dans un entretien au long cours avec l’historien canadien Quinn Slobodian sur le « néolibéralisme tardif », avec la sociologue australienne Melinda Cooper sur le « conservatisme révolutionnaire » ou bien encore avec le politiste américain Joe Lowndes sur la « post-démocratie en Amérique », ne décrochent pas. C’est un bon début, et Diagrammes est bien décidé à continuer le constat et le combat.
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