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Histoires Web samedi, mai 18
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QUINZAINE DES CINÉASTES

Deux comédies ouvrent le Festival de Cannes, à la fois dans la Sélection officielle et dans la Quinzaine des cinéastes. D’autant bienvenues que ça n’a jamais été le genre privilégié des cérémonies cannoises. Calmons toutefois nos ardeurs. La première fut conceptuelle avec Le Deuxième Acte, du démonteur dadaïste Quentin Dupieux. La deuxième – Ma vie ma gueule, de Sophie Fillières – est d’une mélancolie loufoque, confinant au tragique eu égard à la récente disparition de sa réalisatrice, le 31 juillet 2023, à l’âge de 58 ans, au lendemain du tournage. Le montage de ce film s’est donc fait sous la supervision de ses enfants (Agathe et Adam Bonitzer) et de son monteur (François Quiqueré), transformant l’objet en une sorte de bouteille à la mer dont ses proches, exercice sensible, auront cherché à lire le message partiellement effacé.

Lire la critique : Article réservé à nos abonnés Avec « Le Deuxième Acte », Quentin Dupieux torpille le star-système

Quelle fin romanesque, donc – oserait-on dire pittoresque tant elle ressemble, jusque dans sa mort au milieu du gué, à la vie de ses héroïnes ? –, que celle de Sophie Fillières qui aura incarné, dans la prolifique génération du jeune cinéma français des années 1990, le parti pris d’en rire, entre les incertitudes du désir et la déroute burlesque. Grande petite (1994), Aïe (2000), Gentille (2005) furent quelques-unes des grandes étapes de sa passion de l’intrigue incongrue et surréalisante, du bricolage sentimental et du coq-à-l’âne verbal. Transfiguration obsessionnelle de sa propre vie, l’œuvre de cette réalisatrice, calquée sur la labilité de jeunes ou moins jeunes femmes terriblement inquiètes et fantasques, nous aura toujours évoqué une sorte de version sous acide, sans proverbe ni morale, du cinéma d’Eric Rohmer.

Le clou de cette création est donc Ma vie ma gueule, ce film secrètement inachevé dont le titre évoque la mélancolie enjouée d’une chanson de Charles Aznavour. Il y aurait donc, en ce cas si rare et si particulier, si émouvant aussi, une requête implicitement adressée au spectateur d’être assez libre de lui-même pour se considérer comme l’ultime maillon d’une chaîne désirante accompagnant jusqu’en son ultime demeure une réalisatrice qui aura, sans doute, joyeusement douté de son accommodement au monde, somme aléatoire d’imprécisions et de déconvenues comme chacun sait. Rien n’oblige quiconque, toutefois, à le prendre trop dramatiquement. Bien au contraire. Comme y invite le film, il faut y aller à pas légers. Ton badin, avec un goût stoïque de la vie et de la fantaisie triste : voilà une façon polie de longer les gouffres.

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