Faire du journalisme de manière juste, précise et indépendante, est essentiel au bon fonctionnement d’une démocratie. Sans cela, la corruption et la désinformation prospèrent. En tant qu’organisations défendant les journalistes et le droit du public à l’information, nous condamnons fermement la campagne en cours à Washington visant à pénaliser le journalisme indépendant portant sur le gouvernement et ses activités.
Dans sa guerre des mots, l’administration Trump a interdit à l’[agence américaine] Associated Press (AP) de couvrir les événements de la Maison Blanche, arguant que AP continue d’appeler le « Golfe du Mexique » par son nom historique alors qu’elle reconnaît le décret présidentiel le nommant « Golfe d’Amérique ».
Cette troublante atteinte à l’indépendance journalistique s’inscrit dans un contexte inquiétant qui dépasse largement les journalistes accrédités auprès de la Maison Blanche. Par exemple, le président de la Commission fédérale des communications, nommé récemment par Trump, a pris des mesures extraordinaires pour enquêter sur différents médias et les intimider en raison de leurs politiques internes et de leurs décisions éditoriales, pourtant protégées par la Constitution. Ces actions de la part du dirigeant de cet organisme de régulation, historiquement bipartisan et indépendant, établissent un dangereux précédent et risquent de donner au gouvernement un contrôle accru sur ce qui peut être amené à la connaissance du public.
L’administration Trump a également expulsé certains médias historiques de la salle de presse du Pentagone, attribuant leurs bureaux à d’autres médias qui ont couvert favorablement les activités de l’administration.
Le président Trump et ses alliés au Congrès se sont opposés depuis longtemps à ce qu’ils considèrent comme des tentatives gouvernementales d’atteindre la liberté d’expression. En 2023, par exemple, le républicain Jim Jordan et quarante-quatre autres membres du Congrès ont exprimé cette position dans un document soumis à la Cour suprême des États-Unis dans une affaire où des conservateurs accusaient l’administration Biden de contraindre les plateformes de médias sociaux à adopter des politiques favorables aux vaccins contre le COVID-19. Ce document, produit dans le cadre d’une affaire opposant Vivek Murthy [Administrateur de la santé publique des États-Unis, nommé par Joe Biden en 2021] à l’Etat du Missouri l’assurait : « Une pression officielle visant à supprimer la liberté d’expression viole le premier amendement [qui interdit au gouvernement américain de porter atteinte à la liberté d’expression]. »
Lorsque les dirigeants tentent de réduire au silence les journalistes par l’intimidation, les menaces juridiques et en leur retirant leurs accès, ils ne protègent pas le pays ; ils se protègent eux-mêmes d’éventuelles critiques. C’est ainsi que fonctionnent les régimes autoritaires : en écrasant la dissidence, en punissant ceux qui exposent des faits qui dérangent et en substituant à la vérité la propagande.
Le premier amendement fait pleinement partie de la Constitution des États-Unis que le président Trump a juré de « préserver, protéger et défendre » [en prêtant serment lors de son investiture, le 20 janvier 2025]. Il a également signé, dès le premier jour, un décret visant à « garantir qu’aucun agent, employé ou représentant du gouvernement fédéral ne s’engage ou ne facilite une conduite qui restreindrait de manière anticonstitutionnelle la liberté d’expression de tout citoyen américain ». Le président doit respecter son serment d’investiture et son décret, et veiller à ce que les principes du premier amendement soient fermement défendus.
Dans une nation fondée sur la liberté d’expression, quelle que soit l’appartenance politique ou idéologique, le gouvernement ne peut jamais imposer l’adhésion à son point de vue comme condition d’accès à l’information. L’administration doit lever l’interdiction visant l’Associated Press. De plus, elle doit cesser de punir les médias en fonction de leur traitement de l’information.
Document original et liste des signataires ici.