Ce n’est pas parce que l’on est un petit lieu que l’on ne peut pas faire de grandes expositions. On ne parle pas de ces « blockbusters » d’artistes à la mode, mais des accrochages comme celui du Musée Jacquemart-André, à Paris, qui, tout en subtilités et en nuances, permettent de réconcilier le public avec l’histoire de l’art. Encore faut-il s’entendre sur les manières de la pratiquer. Dans le cas d’Artemisia Gentileschi (1593-1653), on avait précédemment eu droit à tous les poncifs en vogue, plus fondés sur sa biographie que sur ses œuvres.
Pour résumer : violée à 17 ans par un peintre ami de son père, celle qui, croit-on, construisit tout son travail sur des thèmes vengeurs, Judith décapitant Holopherne en tête, si l’on ose dire, fut la première grande artiste femme. En 2023, un commissaire d’exposition italien avait ainsi cru bon de commencer le parcours de son accrochage au palais ducal de Gènes par une salle où un lit dévasté laissait apparaître sur le drap blanc la trace d’un sang virginal. Il avait même eu l’idée fort peu délicate d’exposer aussi des œuvres de son violeur…
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