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Histoires Web mardi, juin 18
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Lkaraiko Lemalinga la regarde comme la poule aux œufs d’or. « Il m’a fallu trois jours pour réaliser la chance que j’ai eue », sourit ce berger de 47 ans, entouré de ses six enfants. La femelle dromadaire qu’il a reçue au mois de mars est certes encore trop jeune pour donner du lait, mais elle laisse déjà entrevoir un avenir paisible à sa famille.

Lkaraiko Lemalinga a reçu un dromadaire du gouvernement du comté de Samburu, après avoir perdu une grande partie de son bétail lors de la sécheresse précédente. A Ngurunit (Kenya), le 14 mai 2024.

Le berger aux traits creusés s’appuie sur une prothèse à la jambe droite. C’est en raison de ce handicap qu’il a été l’un des bénéficiaires de la distribution de dromadaires réalisée par le gouvernement régional de Samburu, qui alloue aux résidents environ 1 000 bêtes chaque année. Un moyen pour les autorités du comté du nord du Kenya, d’une superficie un peu plus petite que la Bretagne, de venir en aide aux éleveurs semi-nomades, qui sont souvent en première ligne face aux effets du changement climatique. « La sécheresse a tué 80 % du bétail en deux ans », précise Simon Lalampaa, l’administrateur de la ville de Ngurunit et de ses 3 000 âmes.

Lkaraiko Lemalinga ne fait pas exception. Entre 2020 et 2023, lors de la pire sécheresse qu’a connue la Corne de l’Afrique en quatre décennies, les températures extrêmes et l’absence de pluies ont décimé son troupeau : cinq de ses sept vaches et dix-sept de ses vingt chèvres. « C’est le destin, on ne maîtrise pas le climat, ça arrive, raconte-t-il avec flegme. C’est pour cela que, de nos jours, tout le monde veut des dromadaires. »

« Animal fétiche »

Si, au Kenya, les dromadaires – dits aussi « chameaux d’Arabie » – sont historiquement l’apanage de la minorité somalie dans le nord-est du pays, les camélidés s’imposent progressivement comme un animal incontournable dans l’ensemble des communautés pastorales vivant dans le nord aride du pays. Ils viennent pallier la lente mort des bovins, éreintés lors des épisodes de sécheresse par des jours de marche à la recherche de rares points d’eau et de pâturages en voie de disparition.

Lkaraiko Lemalinga et ses dromadaires, à Ngurunit (Kenya), le 14 mai 2024. Lkaraiko Lemalinga et ses dromadaires, à Ngurunit (Kenya), le 14 mai 2024.

« Quand j’étais enfant, il y a vingt ans, je ne me rappelle pas avoir vu un seul dromadaire dans les environs de Ngurunit, aujourd’hui c’est presque l’animal fétiche », explique l’administrateur Simon Lalampaa, qui a pu observer ce rapide changement démographique au sein des troupeaux. Les Samburu (400 000 personnes) ont compris les bénéfices qu’ils pouvaient tirer de cet animal à la redoutable endurance, dont la bosse de 15 kilos constitue une réserve de graisse lui permettant de se passer d’eau et de nourriture durant cinq jours.

« Les bovins sont les premiers à mourir en cas de sécheresse, les dromadaires les derniers, résume Piers Simpkin, consultant pour Mercy Corps, qui a travaillé pendant quatre décennies sur la question. Ils sont plus résistants, boivent moins, mangent moins, contractent moins de maladies et produisent plus de lait. C’est l’animal efficace par excellence dans ces climats. » Aussi, contrairement aux bovins, les dromadaires se nourrissent du feuillage d’épineux et d’arbustes, réduisant la pression sur les pâturages, qui font déjà l’objet d’une intense compétition dans le nord du pays. L’armée kényane y est déployée pour combattre un banditisme largement motivé par le vol de bétail.

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