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Du crématoire à la place d’appel, de la cantine des prisonniers au monument commémoratif pour les Sintis et les Roms, 30 jeunes Français et Allemands font résonner les mots de Jorge Semprun dans l’ancien camp de concentration de Buchenwald. En ce dernier week-end de mars, ce projet sur lequel ils travaillent depuis plusieurs mois prend tout son sens, et les bouleverse. Pour la première fois tous réunis, ils répètent, concentrés et émus, leurs textes adaptés du livre L’Ecriture ou la Vie (Gallimard, 1994), œuvre majeure de l’écrivain espagnol, à l’endroit même où ce résistant fut déporté en septembre 1943.

David Paraschiv devant le monument commémoratif pour les Sintis et les Roms, dans l’ancien camp de concentration de Buchenwald (Allemagne), le 29 mars 2025.

Libéré en avril 1945, Jorge Semprun attendra 1987 avant de pouvoir écrire sur l’enfer des camps de la mort. Dimanche 6 avril, à l’occasion du 80e anniversaire de la découverte du camp de Buchenwald, une première représentation du projet Semprun y sera donnée, avant que le spectacle soit repris les 12 et 13 avril au Théâtre Maxime-Gorki à Berlin puis en juin au Théâtre du Soleil à Paris.

Cette initiative est née de la volonté du metteur en scène Jean-Baptiste Sastre et de la comédienne et réalisatrice Hiam Abbass de transmettre, de manière concrète, cette mémoire fondamentale à la jeune génération. Voilà treize ans que ces deux artistes travaillent ensemble, qu’ils embarquent sur scène, avec l’aide d’associations, des personnes parfois éloignées du théâtre et de la littérature : compagnons d’Emmaüs, chœur des sans-abri à Berlin, enfants de camp de réfugiés en Palestine, enfants des villages de Galilée en Israël, etc. « Ce projet Semprun s’inscrit dans la continuité de notre travail sur des écrivains du XXe siècle dont les textes ont laissé des traces qui résonnent encore fortement aujourd’hui », complète Hiam Abbass. Après La France contre les robots de Georges Bernanos (1947), Plaidoyer pour une civilisation nouvelle d’après Simone Weil, Notre jeunesse de Charles Péguy (1910), l’adaptation de L’Ecriture ou la Vie s’est imposée. « Le déclencheur a été une phrase lâchée par une spectatrice à Avignon à l’issue d’une représentation de Notre jeunesse. Elle m’a dit : “Les juifs, ça ne mérite pas trois lignes.” C’était insensé d’entendre ça », se souvient Jean-Baptiste Sastre.

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