
Le 12 février, Tom Homan, « tsar des frontières », conseiller spécial nommé par Donald Trump en 2024 pour mener sa politique anti-immigration, annonçait la fin d’une vaste opération policière visant à l’arrestation et à l’expulsion d’immigrés clandestins au Minnesota, l’opération « Metro Surge ». Mobilisant plus de 3 000 agents du Service de l’immigration et des douanes des Etats-Unis (ICE) et du Service des douanes et de la protection des frontières des Etats-Unis, l’opération s’est certes soldée par près de 4 000 arrestations, dont 2 000 expulsions, mais aussi par la mort de deux citoyens américains.
Conçue comme une démonstration de force du gouvernement fédéral contre les politiques d’accueil locales, elle devait faire du Minnesota un laboratoire d’intimidation politique. Elle s’est muée en revers pour l’administration Trump, qui n’est pas parvenue à imposer son rapport de force et s’est heurtée à une résistance qu’elle n’avait pas anticipée. Face à cette opposition qui a eu un écho dans l’ensemble du pays, Donald Trump s’est vu contraint d’annoncer, le 4 février, qu’« une approche plus douce » pourrait désormais être nécessaire en matière d’immigration.
Beaucoup ont vu dans cet échec un sursaut démocratique spontané ; d’autres, le signal d’un renouveau du Parti démocrate. Ces lectures saisissent une part de la réalité, mais en manquent la profondeur. La résilience des réseaux anti-ICE ne relève ni d’une indignation passagère ni d’un simple alignement partisan. Elle procède d’une configuration politique forgée sur le temps long, issue de trajectoires migratoires spécifiques, d’infrastructures d’entraide solidement instituées et d’une coopération ancienne entre organisations communautaires, syndicats et élus locaux. Ce qui s’est exprimé en janvier n’est pas une réaction improvisée, mais l’activation d’un répertoire éprouvé.
Protections communautaires
Pris aux nations Dakota et Ojibwé, le Minnesota a été principalement peuplé par des exilés venus d’Europe du Nord, attirés par ses ressources minières et agricoles. A la fin du XIXe siècle, reliées par le rail au marché national, ces communautés rurales deviennent le socle de mouvements contestant le capitalisme financier dominé par les métropoles industrielles de la Côte est. Elles donnent naissance au Parti populiste (1891), puis à la Ligue non partisane (1916), opposée à l’entrée en guerre des Etats-Unis et hostile à la concentration des pouvoirs économiques.
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