Noëlle Renaude, écrivaine, n’utilise jamais les points de suspension, « cette zone indécise, molle, inexistante (…) ce clapet verbeux » que les acteurs ne savent pas comment fermer, théorise-t-elle dans une passionnante réflexion sur l’écriture (Accidents, ENS Editions, 2016). De la même manière, la dramaturge ne recourt pas aux périphrases, n’abuse que peu des adverbes, évite le passé simple et ponctue ses phrases aux carrefours stratégiques où se combinent le sens et le souffle : ses pièces sont conçues pour être saisies à pleine voix par les comédiens qui les hissent sur les planches des théâtres.
A tous ceux qui, mis en scène par Timothée de Fombelle et interprété par Laetitia de Fombelle, au Théâtre du Soleil (petite salle), à la Cartoucherie de Vincennes, est un texte de 1995 qui n’a pas pris une ride. Au contraire. On réalise, grâce à lui, la puissance de frappe de l’autrice et sa capacité à créer (comme peu de ses contemporains y parviennent, Valère Novarina excepté) de la théâtralité par la seule force de son verbe. Fabriqué avec des bouts de ficelle, ce spectacle est de ceux qu’il faudrait faire tourner sur les scènes françaises pour qu’en profite un plus large public.
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