Déjà plus de trois mois que le soldat Serhiy a déserté. Trois mois depuis que celui qu’on appelait « Mekhanik » dans l’armée tente en vain de se remettre de sa dernière mission dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine. Jamais l’homme de 51 ans n’aurait imaginé vivre une telle épreuve. Son histoire est loin d’être isolée. Alors que l’armée ukrainienne souffre d’un manque d’hommes et que le front se durcit, les missions des soldats de l’infanterie peuvent désormais s’étirer sur de longs mois sans rotations.
La sienne, commencée dans les premiers jours de septembre 2025, aura duré cent dix-neuf jours. Cent dix-neuf jours coupé du monde, avec deux autres soldats, enfouis dans une position surnommée « Dubaï », au cœur de ce que les Ukrainiens appellent la « Kill Zone », cette nouvelle ligne de front aussi floue qu’étendue dans laquelle s’affrontent les deux armées et où le moindre déplacement peut être fatal sous les drones quadrillant le ciel.
Isolés, les trois Ukrainiens de la 42e brigade mécanisée n’avaient de contact avec l’extérieur que par la radio et étaient ravitaillés par drones. Un huis clos mortel à devenir fou, où l’hygiène disparaît et où « ton pantalon devient ta seconde peau » raconte Serhiy, rencontré début mars dans sa petite maison de l’ouest de l’Ukraine, non loin de la jolie ville de Kamianets-Podilsky.
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