Dans les débats des élections municipales, on a beaucoup parlé de sécurité, de propreté ou de circulation, mais la vraie question, celle qui détermine le destin des villes, celle qui est à la fois la plus intime et la plus structurelle, c’est le logement. Il est le fil rouge de toutes les autres politiques publiques : économie (car la construction et la rénovation représentent environ 7 % de l’emploi salarié en France), pouvoir d’achat (car le logement constitue le premier poste de dépense des Français), réussite scolaire (car on n’apprend pas dans l’exiguïté ou l’instabilité), santé et accès aux soins (car le mal-logement est l’un des premiers facteurs de pathologies chroniques et l’éloignement des soignants fragilise les territoires), travail et emploi (car aucun renouveau économique ne tient sans la possibilité pour les salariés de vivre à proximité de leur entreprise) et lutte contre le réchauffement climatique et la précarité énergétique (car isoler nos bâtiments ou en construire des meilleurs, c’est à la fois protéger la planète et sauver le portefeuille des plus fragiles).
Le logement est la clé de cohésion sociale. Or le marché de l’immobilier est devenu une machine à fabriquer des inégalités. D’un côté, nous avons les perdants de ce système : les jeunes qui ne peuvent plus s’émanciper ; les travailleurs qui renoncent à des opportunités d’emploi ou doivent s’éloigner des centres urbains ; les locataires du parc privé se heurtant à une pénurie d’offre de logements et sont soumis à des loyers trop élevés ; les ménages prétendant au parc social, découragés par des listes d’attente qui s’allongent à l’infini. Parmi les perdants, il faut aussi mentionner ces territoires peu attractifs qui voient leurs recettes fiscales fondre au rythme de la détérioration de leur bâti, créant des spirales de déclin dont il est presque impossible de sortir.
Les gagnants, ce sont les propriétaires installés, souvent issus des générations plus âgées ou des niveaux de revenu les plus élevés, et qui voient leur patrimoine s’apprécier sans effort par la simple magie de la rareté (et des fluctuations du marché du crédit). Ce sont les collectivités les plus attractives qui bénéficient, elles, d’une véritable prime à l’exclusion. La hausse des prix entraîne des droits de mutation massifs (les mal nommés « frais de notaire »), qui permettent d’investir encore davantage dans leur propre attractivité. Ce cercle vertueux pour les uns est un mur infranchissable pour les autres. Cette concentration de la richesse immobilière crée un fossé politique et social que nous ne pouvons plus ignorer.
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