Alors que la guerre américano-israélienne contre l’Iran entre dans sa troisième semaine, le scénario d’une crise courte, circonscrite et sans conséquences majeures sur le marché mondial de l’énergie a fait long feu. La réplique de Téhéran aux frappes israéliennes, qui a visé, jeudi 19 mars, le plus grand site de production de gaz naturel liquéfié au monde, situé au Qatar, marque une nouvelle étape dans l’escalade en cours.
Au-delà du blocage du détroit d’Ormuz, qualifié par Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, de « plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire », les destructions d’installations de production et de capacités de transport stratégiques se multiplient. Les réparations prendront du temps, parfois des années. Les prix du pétrole et du gaz risquent de rester durablement élevés, bien au-delà de ce que les premières analyses laissaient espérer.
Ce choc n’est toutefois pas la répétition de celui provoqué par l’invasion de l’Ukraine et le sevrage forcé du gaz russe. Il n’y a pas, à ce stade, de risque immédiat de pénurie. Et, contrairement à 2022, la France dispose d’un parc de production électrique largement décarboné, nucléaire et renouvelable, qui fonctionne.
Choix de long terme
Mais l’absence de rupture d’approvisionnement ne doit pas masquer l’essentiel. La vulnérabilité structurelle de nos économies aux crises importées persiste, et elle s’exprime désormais par la volatilité des prix, l’incertitude stratégique et la fragilisation des chaînes industrielles.
C’est précisément ce qui rend cette crise différente – et politiquement décisive. Elle doit être saisie comme une occasion d’accélérer la transition écologique, non comme un prétexte pour la différer. Le développement de l’efficacité énergétique, de productions locales bas carbone et d’une sobriété assumée constituent les moyens les plus efficaces de se protéger contre de nouveaux chocs géopolitiques inévitables.
La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, présentée en février, a dressé la feuille de route énergétique du pays en attendant l’annonce d’un grand plan d’électrification des usages dans le courant du printemps. La crise au Moyen-Orient ne fait que renforcer l’urgence de son déploiement. Pétrole et gaz représentent des dizaines de milliards d’euros d’importations. Rompre cette dépendance, au-delà de l’intérêt climatique, est un enjeu crucial de souveraineté.
L’erreur serait de répondre à cette situation par des subventions généralisées aux énergies fossiles, comme en 2022. A l’époque, l’urgence avait justifié des boucliers tarifaires massifs. Aujourd’hui, la France n’en a plus les moyens budgétaires, et l’Europe ne peut se permettre de subventionner indéfiniment sa dépendance.
Chaque euro public doit être orienté vers ce qui réduit structurellement la consommation d’énergies fossiles : rénovation thermique des bâtiments, électrification des usages, soutien aux filières industrielles bas carbone. Des aides ciblées pour certaines professions exposées sont sans doute nécessaires, mais elles doivent rester temporaires et conditionnées.
Alors que l’élection présidentielle se profile, la tentation des solutions de court terme et la démagogie risquent de prospérer. La crise actuelle nous rappelle pourtant une évidence : souveraineté énergétique, stabilité économique, transition écologique ne se décrètent pas dans l’urgence. Elles se construisent ensemble, par des choix de long terme, cohérents et assumés. Il est temps de s’y atteler.











