Qu’est-ce qui justifie une résurrection ? Il est ici question de fiction, pas de théologie. En 1903, Arthur Conan Doyle (1859-1930) ramenait Sherlock Holmes parmi les vivants après avoir essayé de l’éliminer dans Le Dernier Problème, publié dix ans plus tôt. Pour le romancier, il s’agissait d’apaiser les éditeurs et le public, frustrés (voire enragés) par la disparition prématurée du détective dans les chutes du Reichenbach. A cette soumission aux exigences du marché, on peut opposer les gestes de Joss Whedon et David Milch qui, avec Serenity, l’ultime rébellion (2005) et Deadwood, le film (2019) offrirent, sous la forme de longs-métrages, une conclusion digne d’elles à deux séries (Firefly et Deadwood) fauchées dans la fleur de l’âge par l’impitoyable loi de la mesure d’audience.
Dans cette typologie sommaire des retours à la vie, où se situe Peaky Blinders, l’immortel ? Voilà quatre ans que Tommy Shelby, ancien combattant des tranchées de Flandres devenu roi de la pègre et député travailliste de Birmingham, nous a quittés. Au bout de six saisons, l’aura du personnage incarné par Cillian Murphy restait intacte, faite de brutalité et de séduction, comme chez tous ses confrères rois de la pègre, mais aussi d’une dimension mystique propre à l’acteur. Les procédés du créateur de la série, Steven Knight, commençaient, eux à s’user, précipitant le délinquant rom de l’Angleterre noire dans les arcanes de la politique européenne (révolution russe, montée du fascisme…), transformant la moindre querelle familiale en tragédie shakespearienne.
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