Enola est là parce qu’elle a senti que « ça revenait ». Installée dans un petit salon de la maison des adolescents Caux-Maritime (MDA) de Dieppe (Seine-Maritime), la lycéenne de 16 ans est venue chercher un endroit où déposer son histoire, avant que ses « petits tics de faire des bêtises » ne la reprennent. « J’ai accumulé tellement de haine envers moi que j’ai peur de péter les plombs », lâche-t-elle, pendant que Fanny Richaud, l’accueillante-écoutante qui la reçoit, ferme la porte délicatement.
« Ni psy ni flic », elle et deux autres accueillants-écoutants se relaient dans cette maison des ados, une petite structure en « première ligne » pour orienter des jeunes de 12 à 20 ans en souffrance qui ne poussent pas la porte des institutions médicales. Par crainte ou parce que leur situation ne nécessite pas, ou pas encore, ce stade de prise en charge.
A 26 ans, Fanny Richaud a une formation de conseillère en insertion professionnelle ; ses deux collègues ont des parcours professionnels dans la protection de l’enfance, en tant qu’éducateur pour Pierre Gencey, 59 ans, et assistante sociale pour Elisa Deshayes, 45 ans. Tous les trois se définissent comme des « passeurs dans le parcours de vie et de soin » des adolescents, le temps de trois ou quatre rendez-vous au maximum. Avant, si nécessaire, de les orienter vers les autres structures existantes, qu’elles soient médicales, sociales, éducatives…
Le Monde a suivi leur travail pendant plusieurs mois, alors que des études aux chiffres alarmants sur le mal-être et la violence des adolescents se multiplient. Pour les préserver, les enfants portent des prénoms d’emprunt.
Viols par des « copains »
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