Les expulsions locatives forcées ont connu leur quatrième année record consécutive. Environ 30 500 ménages ont ainsi dû quitter le logement qu’ils louaient en 2025, a annoncé mardi 17 mars la Chambre nationale des commissaires de justice, le nouveau nom des huissiers de justice. Cela représente une hausse de 27 % des ménages concernés en un an, et une hausse de 60 % en deux ans. Si l’on se réfère au début des années 1980, les chiffres ont été multipliés par dix. Et ces données ne prennent pas en compte les ménages qui partent avant l’intervention de la police ou de la gendarmerie – ils seraient deux ou trois fois plus nombreux, selon plusieurs estimations.
« Nous pensions avoir atteint les limites de la capacité des forces de l’ordre à expulser. Mais non : les expulsions continuent d’exploser, comme constaté par notre réseau d’une trentaine d’associations d’accès aux droits et via notre ligne téléphonique SOS expulsions », réagit Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre).
Le ministère du logement n’a pas répondu aux sollicitations du Monde de commenter cette nouvelle hausse, au titre du devoir de réserve demandé par Matignon en cette période d’élections municipales. En 2025, il avait publié ses propres données, similaires à celles des commissaires de justice, en justifiant la hausse par le fait que « la crise sanitaire, la flambée des prix de l’énergie et l’inflation ont fragilisé de nombreux foyers ».
« Sévérité accrue » des tribunaux
Et cette fois ? « La période récente n’a pas été marquée par une forte hausse des impayés de loyers », point de départ de 95 % des procédures d’expulsion, met en avant Manuel Domergue. Les commissaires de justice ont en effet constaté que les commandements de payer, adressés par les propriétaires aux locataires en retard pour acquitter leur loyer, n’ont augmenté que de 2,4 % en 2025, après 11 % en 2024. « Si les expulsions progressent pour leur part de 27 %, c’est parce que les tribunaux font preuve d’une sévérité accrue, ainsi que les préfectures, chargées de la mise en œuvre des décisions », estime le responsable de la Fondation pour le logement.
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