Les monarchies du Golfe ont historiquement privilégié une stratégie de défense fondée sur des alliances avec des puissances extra-régionales. Celle-ci a pleinement joué son rôle lors de l’invasion iraquienne du Koweït en 1990. Sur la base d’une résolution de l’ONU, les Etats-Unis ont alors mis sur pied une grande coalition militaire internationale pour libérer l’émirat. Ils ont ensuite établi une présence militaire massive sur toute la rive arabique du Golfe, devenant les principaux garants de sécurité des monarchies.
La principale menace n’est plus l’Irak mais l’Iran, dont les relations avec ses voisins du Golfe sont historiquement tendues mais n’ont pour autant jamais dégénéré en conflit militaire. De ce point de vue, l’attaque iranienne contre les monarchies de la région, qui a débuté le 28 février, est inédite. Lancée en représailles à l’attaque israélo-américaine sur l’Iran, elle montre que, pour les Etats du Golfe, leur principal garant de sécurité est devenu une source d’insécurité.
Pour les monarchies du Golfe, la menace iranienne ne date pas de la révolution de 1979. Elle se manifestait déjà sous le régime des Pahlavi, sous la forme de revendications territoriales sur Bahreïn et les Emirats arabes unis. Après l’établissement de la République islamique, elle a pris la forme d’une subversion interne par l’intermédiaire de mouvements islamistes chiites, bien implantés dans les communautés chiites de Bahreïn, d’Arabie saoudite et du Koweït.
Courant minoritaire de l’islam, le chiisme est religion d’Etat en Iran depuis cinq siècles et a profondément façonné l’idéologie de la République islamique. Pour les monarchies du Golfe, la menace de subversion interne par l’islamisme chiite résultait autant de l’attractivité propre de cette idéologie que des failles des constructions nationales, qui ne sont pas toujours parvenues à intégrer les populations chiites.
Virage réformiste
Dans les années 1990, affaibli par huit ans de guerre avec l’Irak et les déjà nombreuses sanctions internationales, l’Iran s’applique à réparer ses relations avec ses voisins. Les mouvements chiites du Golfe opèrent alors un virage réformiste et communautaire. Il ne s’agit plus de renverser les régimes, mais de participer à les rendre plus démocratiques et de défendre les intérêts spécifiques des communautés chiites.
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