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Depuis l’ostracisme des Athéniens jusqu’à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, comment ont évolué nos exigences d’exemplarité vis-à-vis de ceux qui nous dirigent ? Ces derniers sont davantage contrôlés qu’au XXe siècle, mais bien moins qu’ils ne l’étaient à Athènes ou à Rome. Dans une remarquable synthèse, L’Eclipse de la vertu (Seuil, 444 pages, 24,50 euros), le haut fonctionnaire et professeur associé en droit constitutionnel à Paris-I Panthéon-Sorbonne, Eric Buge, retrace la longue histoire des règles visant à garantir la probité des gouvernants en démocratie.

Vous divisez l’histoire de l’exemplarité en trois phases. A quand faites-vous remonter la demande d’exemplarité des gouvernants ?

L’exigence d’exemplarité des gouvernants est aussi vieille que la démocratie. La démocratie athénienne, la république romaine ou les cités médiévales italiennes présentaient beaucoup de différences institutionnelles, mais aussi ce point commun : toutes accordaient une importance extrême au contrôle de leurs gouvernants. Ils étaient évalués avant, pendant et après l’exercice de leurs fonctions publiques, avec des mécanismes de filtres préalables, des possibilités de démettre les responsables publics à tout moment, voire, comme à Athènes, de les ostraciser. Leur vie publique et privée était scrutée.

A Athènes, si l’on était tiré au sort pour exercer une magistrature, on devait d’abord passer le filtre d’un conseil de 500 citoyens, également sélectionnés aléatoirement, chargé de vous examiner. Le candidat devait se défendre, et attester de sa bonne vie de citoyen : avait-il bien payé ses impôts ? Avait-il participé aux campagnes militaires ? Traitait-il bien les membres de sa famille ? Ces régimes politiques reposaient sur une conception très exigeante de ce qu’était un bon gouvernant.

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