Il a fallu quelques jours avant de s’en rendre compte. Mais au gré des déambulations dans la ville, la vérité a fini par s’imposer, éclatante comme un soleil levant : Montargis n’est pas tant un pont entre la Chine populaire et la France, malgré la présence d’anciens hauts cadres du Parti communiste chinois dans la sous-préfecture du Loiret durant la première moitié du XXe siècle, qu’un véritable foyer de la pop culture japonaise en France. La preuve ? Cette commune de quelque 15 000 habitants ne compte pas moins de deux librairies exclusivement consacrées aux mangas, une boutique spécialisée dans les cartes à jouer, objets et jeux venus du Japon, un salon de tatouage spécialisé dans la culture « otaku » (figure du fan de culture japonaise contemporaine, notamment dans les domaines du manga, de l’animation et des jeux vidéo, qui se replie sur lui-même et ne vit plus que pour sa passion). On peut même y ajouter un salon de thé servant des mochis et autres desserts nippons, une boutique Micromania qui vend des cartes Pokémon en sus des jeux vidéo et la librairie du grand Leclerc de la zone commerciale, dont le rayon manga est bien fourni.
Cette profusion répond à une forte demande du public pour les différents aspects de la culture pop japonaise. Stéphanie Hérisson, qui a fondé, il y a onze ans à Montargis, sa librairie générale à laquelle elle a donné son nom de famille, ne voit pas de concurrence dans la présence de deux librairies mangas en ville : « C’est un marché très particulier qui correspond à une réelle demande. Plus les gens lisent, plus ils achètent de livres et mieux c’est pour tout le monde. » La première librairie spécialisée, Manga & Co, a été ouverte en 2017 par Karim (qui n’a pas souhaité donner son nom de famille, comme toutes les personnes citées par leur prénom dans cet article), et son associé. Karim, 37 ans, est lui-même un fan de mangas : « C’est mon frère qui m’a fait découvrir cette culture. Je m’y suis assez tard, mais c’est devenu une passion. » Il a ouvert son commerce au bon moment. Grâce au Pass culture, puis au confinement dû au Covid, la demande a explosé : « Les gens avaient le temps et l’argent pour lire. » Les temps sont plus durs désormais, notamment à cause de la concurrence des sites de vente par Internet.
L’autre librairie, Daruma, est tenue par James, 33 ans. Libraire à Paris, il est venu s’installer à Montargis après avoir rencontré sa compagne, originaire du coin, lors d’une édition de Japan Expo. Chaque année, il continue d’aller au Japon pour dénicher les dernières nouveautés, faire signer par leurs auteurs des affiches numérotées et en tirage limité qu’il revend en France à des passionnés. Certaines peuvent se vendre plusieurs centaines d’euros. Il a ouvert son local juste après le Covid, en plein boom. « Aujourd’hui, la hype est un peu retombée, mais j’ai une clientèle de fidèles prêts à faire 40 km en voiture pour venir à la boutique », dit-il. Certains de ses clients viennent même de Paris car ils savent pouvoir dénicher des raretés chez lui. La vente de figurines, autrefois très prisées, a sérieusement chuté à cause de leur coût : 30 à 40 euros pièce quand même !
Il vous reste 48.9% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.













