Le cinéma français a fait de l’extrême droite un véritable laboratoire de formes et de récits, passant d’une figuration des complots activistes à l’exploration intime des basculements individuels et des haines ordinaires, tout en dialoguant avec des imaginaires venus d’Hollywood, de l’Amérique latine ou des dystopies anglo-saxonnes. Loin de la figure unique du « méchant fasciste », cette filmographie décline, pour reprendre le concept de l’historien René Rémond, non pas une mais des extrêmes droites, aux ancrages historiques, sociaux et affectifs mouvants. D’Alain Cavalier à Jean-Luc Godard, d’Yves Boisset dans les années 1970 à Diastème dans les années 2010, les cinéastes ont fait des activistes, des militants, des partis eux-mêmes et de leurs dirigeants des fictions ancrées dans la réalité politique de leur temps.
Cet article est tiré du « Hors-Série Le Monde – L’extrême droite : histoire, réseaux, stratégies », mars-avril 2026, en vente dans les kiosques ou par Internet en se rendant sur le site de notre boutique.
Des hommes de l’ombre à l’écran
Au début des années 1960, c’est la guerre d’Algérie qui sert de matrice. Dans Le Combat dans l’île (1962) puis L’Insoumis (1964), Alain Cavalier filme l’extrême droite comme une force souterraine, revancharde, structurée autour de l’activisme pour l’Algérie française. Ses personnages ne sont pas des idéologues, mais des hommes pris dans un engrenage – fascination pour la violence, loyauté virile, sentiment de trahison – qui les mène au terrorisme. La lumière coupante, les intérieurs étroits, les armes surgies des placards renvoient autant au film noir américain qu’au climat très français de la décomposition coloniale.
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