Voici revenu le spectre de la stagflation, un mélange de stagnation et d’inflation, de chômage et de baisse du pouvoir d’achat. Pas un jour ne passe sans qu’un économiste ou un banquier central n’agite ce néologisme fleurant bon les années 1970. Avec un prix du pétrole brut qui a crevé, lundi 9 mars, le plafond des 100 dollars (86 euros) le baril, la comparaison s’impose encore davantage.
La stagflation avait frappé l’économie mondiale après le premier choc pétrolier, fin 1973. La hausse des prix du brut décidée par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole avait à la fois amputé le pouvoir d’achat des consommateurs (« stag- ») et contaminé les prix de bien d’autres biens (« -flation »). La double peine. C’était surprenant, parce que dans le monde keynésien d’alors, inflation et stagnation, à l’instar de l’eau et de l’huile, n’étaient pas censées se mêler. Une inflation élevée impliquait un chômage faible, un chômage élevé impliquait une inflation faible. La hausse des prix venait généralement d’une surchauffe de l’économie : une demande trop dynamique par rapport à l’offre. La crise pétrolière, déclenchée par la guerre du Kippour, a remis brutalement en cause cette vision.
Mais si « 2026 n’est pas 2022 », comme le répètent à juste titre ceux qui comparent les conséquences de la guerre contre l’Ukraine et celles de la guerre contre l’Iran, 2026 n’est pas non plus 1973. Dans un monde normal, la stagflation devrait rester dans les oubliettes des seventies, aux côtés des lampes à lave et des films de Jean Yanne.
La stagflation a en effet été rendue possible par des facteurs propres à l’économie de l’époque et des réponses politiques complètement erronées. Pour commencer, les prix du baril de pétrole avaient été multipliés par plus de quatre et l’économie mondiale était deux fois plus dépendante au pétrole qu’aujourd’hui. Par ailleurs, la transmission des hausses de prix du brut au reste de l’économie était facilitée par des chaînes d’approvisionnement des entreprises bien moins diversifiées qu’aujourd’hui (et donc des goulets d’étranglement plus nombreux), ainsi que, dans de nombreux pays, l’indexation automatique des salaires sur l’inflation.
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