Au cœur d’une année 2026 percutée par des guerres et des chocs géopolitiques, noyée dans une actualité politique nationale rythmée par les invectives et les polémiques alimentées par les réseaux sociaux, les élections municipales sont une respiration démocratique nécessaire. Dimanche 15 mars, lors du premier tour, pas moins de 904 042 candidats, répartis entre 50 478 listes, s’affronteront pour s’occuper du destin des 34 875 communes françaises. Seuls 106 villages, tous de moins de 1 300 habitants, se retrouvent sans candidats. Malgré la défiance et le déclinisme qui plombent la France depuis, au moins, le milieu des années 1980, la vie politique locale est toujours dynamique.
Les municipales sont à la fois singulières et symptomatiques de la longue histoire politique de la France. Alors que les électeurs rejettent une grande partie du personnel politique, que le vent du dégagisme ne s’est pas calmé depuis 2017, ils restent très attachés à leur maire. Selon la grande étude réalisée par Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs pour Le Monde sur un large panel de 10 927 personnes et publiée dimanche 8 mars, 69 % des sondés affirment avoir confiance dans leur équipe municipale et 82 % disent s’intéresser à ces élections. Des résultats qui devraient interroger les nombreux candidats à l’élection présidentielle de 2027.
Plus que tout autre, ce scrutin démontre que les Français ne se détournent pas de la politique mais des politiques. Et les maires, figures de proximité chargées de sujets très concrets (le logement, la qualité de vie à l’école, l’adaptation au changement climatique…), ont réussi à préserver le lien prépondérant entre l’élection et l’action. Lors des élections municipales, les Français se préoccupent de thématiques corrélées à leur lieu d’habitation et se soucient des projets si souvent négligés ou oubliés lors des échéances nationales. 76 % des sondés voteront « avant tout » en tenant compte de la situation locale et 88 % d’entre eux revendiquent de se prononcer d’abord en fonction du programme. Une analyse qui va à rebours des multiples conclusions hâtives sur la dépolitisation d’une grande partie de l’électorat.
Cinquante débats télévisés
Ancrées dans la réalité quotidienne, les municipales ne sont pas à l’abri des crises nationales et internationales. En 2020, elles avaient été fortement perturbées par le premier confinement provoqué par l’épidémie de Covid-19. En 2026, elles n’échapperont pas aux angoisses créées par la guerre en Iran. Et, aux soirs du premier et du second tour, des leçons nationales devront être tirées de ces élections qui ont lieu à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, notamment sur les éventuelles percées de l’extrême droite dans les villes moyennes.
Mais, dans la dernière ligne droite de la campagne, les élections municipales doivent être protégées du présidentialisme ambiant. Les futurs candidats en 2027, les chefs de parti et les têtes de liste dans les grandes villes doivent se montrer à la hauteur pour préserver la démocratie locale.
Attaquée de toutes parts, notamment lors des auditions de la commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public », France Télévisions organise encore cette semaine 50 débats sur ses chaînes locales. Une initiative bienvenue. Dans ce contexte, il est regrettable que certains candidats préfèrent esquiver ces moments démocratiques pour préserver leur image, au mépris des réponses à apporter aux électeurs.










