L’après-midi ronronne tranquillement au Cantou Maurice-Fleuriel, Lançon 1, une maison de santé située à la périphérie de Saint-Claude (Jura). La télévision miaule les résultats du biathlon. Quelques résidentes profitent des premiers rayons de mars, qui se faufilent à travers les volets. Ce n’est guère plus la saison du Père Noël, mais les faits sont là : barbe blanche, habits amples, un homme s’avance, à pas de chat, vers le poêle. Il fouille dans une sorte de hotte, en sort un matériel désuet – projecteur, trépied, écran –, qu’il déploie au milieu du salon.
Son arrivée en provoque d’autres. Voici Colette, Yvonne, Paulette, Marie-Noëlle… On est au complet, la séance peut commencer. « Vous allez peut-être reconnaître certains lieux », annonce le projectionniste, Denis Bépoix, 77 ans. En 2010, il a fondé la Cinémathèque des Monts Jura, afin de conserver et diffuser les films tournés par les habitants du coin, depuis les débuts du cinéma jusqu’aux années 1980. Le format ? Super-8, 8 mm, 16 mm, pour l’essentiel. Les auteurs des centaines d’heures qu’il a collectées composent un précipité d’histoire locale : pipiers, résistants, ouvriers… On y trouve même une certaine Emilienne Paponnet, fille d’agriculteurs exilée à New York, où elle fut cuisinière, gouvernante ou femme de ménage, et d’où elle revenait chaque été filmer son Jura natal.
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