Il faut chérir la bande dessinée dans sa capacité à faire éclore de nouvelles voix, dérangeantes notamment. Ainsi Maybelline Skvortzoff, 33 ans – « l’âge du Christ », raille-t-elle. En 2022, cette parfaite inconnue avait fait ses débuts dans le neuvième art avec Roxane vend ses culottes, un premier album remarqué relatant les péripéties d’une jeune fêtarde mal dans sa peau, qui fait commerce de ses dentelles intimes auprès de pervers fétichistes. Publié chez une petite maison d’édition indépendante, Tanibis, l’ouvrage avait été retenu dans la sélection officielle du Festival d’Angoulême. Son nouveau titre, Tachycardie, paru le 6 mars, toujours chez Tanibis, marche sur ses traces en tant qu’étude de mœurs familiales, transgressive et trash. « Underground me va bien aussi », assume l’autrice, grande lectrice de Robert Crumb.
Le géant de la bande dessinée américaine figure en bonne place sur les étagères du petit deux-pièces parisien de Maybelline Skvortzoff, situé à proximité du quartier estudiantin de Jussieu, dans le 5e arrondissement. Difficile de croire que l’endroit est habité par une trentenaire. Au-dessus du lit, un portrait du musicien Frank Zappa, mort l’année de sa naissance, en 1993. Aux murs, des affiches de grands classiques du cinéma d’horreur, datant tous un peu : Massacre à la tronçonneuse (1974), Scream (1996), The Thing (1982), Phantom of the Paradise (1974)… Mais aussi la couverture de l’éphémère magazine de BD féministe Ah ! Nana, lancé par les Humanoïdes associés en 1976. Que dire, enfin, de son prénom à elle, emprunté à un standard du rock’n’roll, Maybellene, enregistré en 1955 par Chuck Berry, puis repris par de nombreux interprètes (Elvis Presley, Gene Vincent, Simon and Garfunkel) ? « Mon père, d’origine russe, avait fait le forcing auprès de ma mère pour que je m’appelle comme ça », éclaire-t-elle.
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