Si plus rien ne nous étonne vraiment en matière de mode, la réapparition de certaines tendances continue malgré tout de nous titiller, voire de nous questionner. En l’occurrence, quel sens peut bien avoir le curieux retour en grâce, décrit dans un récent article du très sérieux quotidien anglais The Guardian, du port de la casquette à l’envers, visière au-dessus de la nuque, parmi les plus jeunes générations ?
Ce détournement-là est particulièrement ancien. Selon certaines sources, ce sont les receveurs de base-ball qui « dévissèrent » leur casquette en premier, dès le XIXe siècle, afin que la visière de celle-ci ne vienne heurter leur masque de protection.
Selon d’autres sources, ce sont les tireurs d’élite de l’armée américaine qui popularisèrent le gimmick quelques décennies plus tard, afin que leur visière ne touche pas la lunette au moment du tir. Dans un cas comme dans l’autre, le retournement de casquette est né d’un besoin et il remplissait alors une véritable fonction.
Vieille superstition
Selon un cheminement on ne peut plus classique, il est devenu, au fil du temps, purement symbolique. Adopté par les figures du hip-hop dans les années 1980, le port de la casquette à l’envers s’est transformé en un code de jeunesse et, par définition, en une provocation.
Ainsi, ce tic stylistique exprima, un temps, une insoumission aux conventions, à la puissance des rayons du soleil ainsi qu’à cette vieille superstition promettant démêlés judiciaires et pépins de santé à ceux qui porteraient leur couvre-chef dans le mauvais sens. A défaut d’avoir de l’allure, surtout quand une touffe de cheveux venait à s’extraire, au milieu du front, du demi-cercle de vide au niveau de la patte de serrage, cela avait donc un certain sens.
Mais, trente ans et bien des récupérations plus tard, que nous dit un jeune arborant ainsi sa casquette ? Fait-il le beau ou le malin ? Se dégage-t-il les yeux pour mieux voir l’écran de son téléphone ? Rend-il un subtil hommage à John Kennedy Junior, adepte de ce geste stylistique et actuellement objet d’une série événement ? Nous dit-il que c’était mieux avant ? Ou, à l’inverse, renvoie-t-il l’auteur de ces lignes à son âge canonique et à la déconnexion qu’il implique avec la jeune génération ? A première vue, cette dernière hypothèse tient la route.











