A la fashion week automne-hiver 2026-2027 de Milan, qui se termine le 2 mars, certaines marques ont cherché à réaffirmer leur identité. C’est le cas, par exemple, de Dolce & Gabbana. Le public qui se rend à un de leurs défilés est généralement conscient de ce qui l’attend : un vestiaire glamour et sensuel, composé de références à la lingerie, au tailoring, au folklore sicilien et au catholicisme, destiné à des clientes et des clients qui aiment être remarqués. Alors qu’ils ont rarement dévié de cette ligne depuis la création de leur marque au début des années 1980, Domenico Dolce et Stefano Gabbana semblent éprouver le besoin d’en rappeler les fondamentaux.
Déjà au défilé masculin de janvier, ils dressaient « le portrait d’un homme » (Dolce & Gabbana, cela va sans dire). Pour la femme, la collection est baptisée « Identité Dolce & Gabbana », et, en guise d’introduction, une voix égrène les principes esthétiques de la maison. La collection les illustre, avec ses multiples variantes de robes nuisettes transparentes, ses (fausses) fourrures opulentes, ses costumes à rayures tennis à la taille marquée, ses escarpins vertigineux… L’élément novateur, cette fois-ci, consiste en des vestes montées à l’envers, les boutons dans le dos.
Pour incarner cette permanence esthétique, qui de mieux qu’une chanteuse qui n’a pas changé de style depuis le début de sa carrière, commencée au moment où Domenico Dolce et Stefano Gabbana lançaient leur griffe ? L’inoxydable Madonna a fait une entrée remarquée au défilé, alors que tous les invités étaient déjà assis et que son album Bedtimes Stories (1994) résonnait dans la salle. La chanteuse de 67 ans est la nouvelle égérie du parfum The One ; dans le clip publicitaire, elle séduit deux hommes dans une robe en dentelle noire et en corset couleur chair, évidemment.
Chez Ferragamo, le roman des origines est différent. Dans le prolongement de la collection printemps-été 2026, Maximilian Davis explore les années 1920, période de création de la marque. Cette fois-ci, il se concentre sur les speakeasies et imagine la faune qui s’y rassemblait à la tombée de la nuit, en particulier les marins et ceux qui prenaient la mer pour offrir de meilleures conditions de vie à leur famille. « C’est quelque chose que Salvatore [Ferragamo, le fondateur] et ma propre famille ont vécu. Il a quitté son domicile en Italie pour l’Amérique avant de revenir, et ma famille a déménagé de Trinidad et de Jamaïque à Manchester », explique-t-il dans sa note d’intention.
Le Britannique fait preuve d’inventivité en déconstruisant les uniformes de matelots : il multiplie les boutons sur les vêtements ; des pans de cabans ou de vareuses marine, déboutonnés, flottent élégamment autour du corps et laissent entrevoir une doublure immaculée. En plus de cette garde-robe utilitaire-chic, Maximilian Davis propose des tenues de soirée au parfum années 1920, à l’instar de ces fines robes en velours lamé métallisé, au tissu si souple et brillant qu’on dirait qu’il coule comme un liquide doré sur le corps des mannequins. L’ensemble est parfois un peu alambiqué, mais il dégage une élégance et un charme bien rares en cette saison milanaise, plutôt portée sur l’excès.
Des cardigans à blason
Depuis la mort de Giorgio Armani en septembre 2025, c’est sa nièce, Silvana Armani, qui est officiellement chargée des collections féminines. Après avoir montré sa première collection haute couture à Paris en janvier, elle a dévoilé sa vision du prêt-à-porter à Milan pour les deux lignes qui défilent, Emporio Armani et Giorgio Armani. La septuagénaire s’en occupait déjà du vivant de son oncle (depuis 1980), mais c’est la première fois qu’elle montre son travail sans que Giorgio Armani soit intervenu. Et la différence est sensible. Les mannequins ne portent plus de chapeaux, leur maquillage est plus léger, les gros bijoux colorés ont disparu. Autant d’éléments qui apportent un vent de fraîcheur, sans pour autant s’éloigner des principes fondateurs.
Chez Emporio Armani, la garde-robe rajeunie fantasme les tenues d’étudiants en musique sur un campus, avec des tailleurs décontractés, des cardigans à blason, des jupes courtes plissées et même de larges jeans délavés portés avec des chemises qui dégringolent de l’épaule. On trouve beaucoup de pièces désirables dans ce vestiaire taillé dans la palette chère à Giorgio Armani : une base beige/greige, ponctuée d’accents rouges et violets.
Chez Giorgio Armani, la première partie de la collection, une variation autour du tailleur, est très réussie : des vestes grises en flanelle ou cachemire, très souples, sont associées à des pulls un peu courts d’où dépassent de fines chemises transparentes et des pantalons d’un blanc hypnotisant. La modernité de cette garde-robe contraste avec celle du soir, composée de tenues en velours et soie, colorées et brodées, très datées. Il faudra sans doute du temps pour se défaire de certaines habitudes, et ne garder que le meilleur du foisonnant héritage de Giorgio Armani.












