La décision est tombée le 7 janvier. L’abattoir de Vannes a été placé en redressement judiciaire. La structure, créée en 1961 et d’abord municipale, est devenue privée en 1978. Elle employait encore 23 personnes il y a dix ans, contre 10 aujourd’hui. Sa vétusté s’est fait ressentir et le décès de sa patronne, Madeleine Ehanno, en février 2025, a scellé son destin. « Les héritiers avaient deux choix : remettre l’équipement aux normes ou le vendre », précise la comptable de la société, Lionelle Wendling. Le tribunal de commerce a tranché en faveur de la mise en vente du site. « C’est assez lourd de gérer un abattoir, vous savez, entre l’environnement, le sanitaire, le matériel… Notre métier est sous tension », poursuit l’employée.
L’abattoir de Vannes a pourtant une particularité : c’est la dernière petite structure multi-espèces à subsister dans le Morbihan. A ses côtés ne restent que deux grands établissements, les abattoirs Bernard à Moréac et JPA à Josselin, spécialisés dans l’abattage d’un seul animal, le porc. La situation est similaire à l’échelle régionale et même nationale : partout, les abattoirs multi-espèces de petite taille, qui accueillent tous les éleveurs, ferment leurs portes. En quatre ans, la Bretagne a ainsi perdu deux de ces unités, n’en laissant subsister que sept. En France, on en dénombrait 609 en 1980 contre 80 aujourd’hui, d’après un rapport parlementaire relatif aux problématiques économiques de l’abattage, publié en mai 2025.
« Cette diminution est un des processus de l’industrialisation et de la rationalisation à l’œuvre dans la production de viande », explique Yuna Chiffoleau, directrice de recherche en sociologie à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. Et de citer la présence de géants du secteur, qui maîtrisent l’ensemble de la chaîne et contrôlent ainsi les coûts et la rentabilité de leurs outils. Les petits établissements, eux, disposent de structures vieillissantes et les normes sanitaires « sont les mêmes que pour les agro-industriels. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays d’Europe, comme l’Allemagne », ajoute-t-elle.
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