Une entrée en grande pompe dans l’hémicycle de la Chambre des représentants, suivie d’une allocution record d’une heure quarante-sept minutes : Donald Trump a profité du traditionnel « discours sur l’état de l’Union » devant les parlementaires pour présenter, mardi 24 février, un tableau idyllique des Etats-Unis, un peu plus d’un an après son retour au pouvoir.
« Après seulement un an, je peux dire dignement et fièrement que nous avons accompli une transformation sans précédent et un redressement historique », a déclaré le président américain dans son discours de politique générale prononcée devant un clan familial omniprésent, dont la première dame, Melania Trump. « Notre pays est de retour (…) L’inflation chute, les revenus augmentent vite, l’économie est florissante comme elle ne l’a jamais été », a-t-il encore dit sous les applaudissements des élus de son Parti républicain scandant « USA, USA, USA ».
Bousculé par la Cour suprême, malmené dans les sondages, menacé d’une sanction électorale en novembre lors des élections de mi-mandat (« midterms »), qui pourraient réduire sa marge de manœuvre en cas de perte de contrôle de son parti au Parlement, Donald Trump avait fort à faire pour convaincre les Américains que « l’âge d’or » promis lors de son investiture est à portée de main.
« Guerre contre la fraude » aux aides sociales
Dans son discours, il a énuméré son bilan en matière d’immigration, assurant que la frontière n’avait « jamais été aussi sûre ». Il a annoncé que son vice-président, J. D. Vance, était désormais chargé de mener la « guerre contre la fraude » aux aides sociales, qu’il a imputée aux migrants et localisée dans certains Etats, tous démocrates.
« L’importation de ces cultures par le biais d’une immigration incontrôlée et de frontières ouvertes fait naître ces problèmes ici même, aux Etats-Unis. Et ce sont les Américains qui en paient le prix », a-t-il accusé, faisant un lien avec l’augmentation des frais médicaux ou encore la hausse de la criminalité.
Donald Trump a également salué les relations nouées avec la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, et affirmé que les Etats-Unis avaient reçu plus de 80 millions de barils de pétrole de la part du Venezuela, « notre nouvel ami et partenaire ». Depuis la capture par les Etats-Unis le 3 janvier du président Nicolas Maduro, Washington s’efforce de contrôler l’exploitation des énormes réserves d’hydrocarbures du pays d’Amérique du Sud.
Le républicain a fait entrer dans la tribune d’honneur du Congrès l’ancien candidat à la présidence vénézuélienne, Enrique Marquez, 62 ans, qui a fait partie, en janvier, des premiers prisonniers politiques relâchés dans le cadre des libérations annoncées par les autorités vénézuéliennes.
« Sinistres ambitions » de l’Iran
Donald Trump a aussi évoqué l’Iran, alors que les pays alliés et rivaux de Washington guettaient tout indice sur les intentions de l’imprévisible commandant en chef qui a massé d’importants moyens militaires au Moyen-Orient. Il a ainsi accusé Téhéran d’avoir « développé des missiles qui peuvent menacer l’Europe et [les] bases » militaires américaines et de chercher « à construire des missiles qui pourront atteindre bientôt les Etats-Unis ».
« Ils avaient été avertis de ne plus tenter à l’avenir de reconstituer leur programme d’armement, en particulier les armes nucléaires. Pourtant, ils continuent et (…) poursuivent à l’heure actuelle leurs sinistres ambitions », a-t-il ajouté, affirmant que sa « préférence » va à une résolution de ce conflit latent « par la diplomatie ».
« Nous sommes en négociations avec eux. Ils veulent conclure un accord, mais nous n’avons pas encore entendu ces mots-clés : “Nous n’aurons jamais l’arme nucléaire” », a ajouté le président américain.
Devant des juges de la Cour suprême, Donald Trump a estimé « très regrettable » leur décision d’invalider une bonne partie des taxes douanières dont il a assommé les partenaires commerciaux des Etats-Unis. Quatre des neuf juges de l’institution, que le républicain a violemment critiquée, étaient au premier rang pour son discours. Il leur a serré la main à son arrivée. Le ton du chef de l’Etat était nettement plus mesuré que dans les heures suivant la décision, vendredi. Il avait alors accusé la plus haute juridiction du pays d’avoir cédé face à des « influences étrangères », qualifiant les juges qui se sont prononcés contre ses droits de douane d’« idiots » et de « caniches » au service de la gauche « radicale ».
Donald Trump a également demandé au Congrès américain d’approuver sa réforme sur la fraude électorale, qui exige que chaque électeur présente une pièce d’identité pour pouvoir voter ; un sujet épineux aux Etats-Unis où des millions de personnes en âge de voter ne possèdent pas de tel document. « Je vous demande d’approuver le “Save America Act” [la loi “Sauver l’Amérique”], afin d’empêcher les étrangers en situation irrégulière – et autres personnes sans papiers – de voter lors de nos élections américaines sacrées », a-t-il déclaré, ajoutant que « la triche est galopante dans nos élections », une allégation infondée qu’il répète souvent.
L’équipe masculine de hockey célébrée après son titre olympique
Mardi, le républicain a salué l’équipe masculine de hockey sur glace des Etats-Unis, qui vient de remporter l’or olympique, présente dans la salle et très applaudie au point de presque lui voler la vedette. Le président a affirmé qu’il accueillerait prochainement à la Maison Blanche l’équipe féminine, elle aussi championne olympique, qui avait choisi de ne pas assister à son discours.
Outre l’équipe de hockey, Donald Trump avait convié Erika Kirk, veuve de l’influenceur pro-Trump Charlie Kirk, assassiné en septembre et dont la Maison Blanche, au diapason de la droite chrétienne, a fait un « martyr ».
Plus d’une trentaine de parlementaires démocrates ayant décidé de bouder le discours de Donald Trump ont pris successivement la parole en soirée devant le Capitole. D’autres élus démocrates ont, eux, invité dans l’enceinte du bâtiment des victimes de l’ancien financier Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019 avant son procès pour crimes sexuels et dont Donald Trump a été proche.
Au début de l’allocution du président, un élu démocrate afro-américain, Al Green, a brandi une pancarte sur laquelle on pouvait lire « les Noirs ne sont pas des singes », avant d’être expulsé, faisant référence à une vidéo raciste partagée en février par Donald Trump dépeignant l’ancien président Barack Obama et son épouse Michelle en singes.











