
Livre. Le 21 mars 2025, à l’université de Lille, Denis Clerc soutenait sa thèse sur « Les économistes non conformistes en France au XIXᵉ siècle ». Un doctorant pas comme les autres, puisqu’il avait 82 ans et une longue carrière derrière lui. Fondateur du mensuel Alternatives économiques et auteur de plus d’une vingtaine de livres, il a participé à diverses organisations publiques ou associatives dans le domaine social.
Sa thèse, Les Economistes non conformistes en France au XIXe siècle, remaniée, est publiée chez Les Petits Matins (92 pages, 27 euros). Elle a le mérite de sortir de l’oubli une dizaine de penseurs importants de la gauche prémarxiste. Des journalistes, des médecins, des avocats ou des philosophes, souvent imprégnés de christianisme, qui, en pleine révolution industrielle, s’étaient attelés à une réflexion alors largement délaissée : comment mettre fin à la misère et aux souffrances du travail ouvrier. Ils cherchaient à bâtir une autre organisation de l’économie autour de l’idée de coopérative ouvrière.
Seuls deux d’entre eux ont laissé une trace : Jean de Sismondi (1773-1842), un Suisse qui, tournant le dos à ses convictions libérales initiales, a le premier défendu le rôle de la puissance publique dans la régulation de l’économie ; et le socialiste et républicain Louis Blanc (1811-1882), qui deviendra membre du gouvernement provisoire de 1848 puis député sous la IIIe République.
Progrès sociaux
Les autres ont été marginalisés puis invisibilisés dans le « roman » de la gauche. Qui se souvient de Pierre Leroux (1797-1871), Flora Tristan (1803-1844), Charles Dupont-White (1807-1878), Henri Feugueray (1813-1854) ou Auguste Ott (1814-1903) ? Ce sont pourtant eux qui ont planté les graines des progrès sociaux que l’on a connus depuis le XIXe siècle : l’essor des coopératives, des mutuelles et autres caisses de secours, puis les lois de protection sociale et la réduction du temps de travail. « Un siècle après, la plupart de leurs préconisations étaient réalisées ou en voie de l’être, avec la Sécurité sociale », constate Denis Clerc. Et ces non-conformistes ont eu des héritiers importants : Charles Gide (1847-1932), Léon Walras (1834-1910), Jean Jaurès (1859-1914), Marcel Mauss (1872-1950)…
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