Les Suisses ont massivement rejeté dimanche 30 novembre le remplacement du service militaire par un service civique obligatoire pour tous, sans distinction de sexe. Selon les premières projections d’une votation, a également été rejetée l’instauration d’une taxe climatique sur l’héritage des plus riches.
Selon ces estimations réalisées après la fermeture des bureaux de vote à midi (heures locales), les Suisses ont très majoritairement dit non à ces propositions, à 84 % pour la première et 79 % pour la seconde, a annoncé le groupe audiovisuel public SSR. Les instituts de sondage avaient prévu un rejet.
Le gouvernement et le parlement avaient exhorté les Suisses à rejeter les deux propositions, arguant qu’elles menaceraient l’économie du pays. Mais elles ont suscité de vifs débats dans le pays alpin, notamment sur la place des femmes dans la société.
Un système de démocratie directe unique
En vertu du système de démocratie directe suisse, 100 000 signatures suffisent pour soumettre pratiquement n’importe quelle question à la votation populaire. Les Suisses sont ainsi consultés à intervalles réguliers sur un large éventail de sujets, aux niveaux fédéral, cantonal ou municipal. Les promoteurs de l’« initiative service citoyen » visaient une « véritable égalité », comme l’avait déclaré Noémie Roten, présidente du comité. Elle estimait que le système actuel est discriminatoire, car il exclut les femmes des réseaux et expériences acquis lors du service.
En outre, dans un contexte de tensions géopolitiques et de conflits en Europe, Mme Roten estimait qu’il était temps d’accorder aux femmes une place égale dans un projet collectif de protection. « L’idée d’un devoir civique n’est pas morte avec le vote d’aujourd’hui. Elle continuera et je pense qu’elle triomphera dans les décennies à venir », a-t-elle déclaré après l’annonce de son rejet.
Cyrielle Huguenot, responsable égalité, famille et migration à l’Union syndicale suisse, jugeait au contraire que l’initiative « occulte complètement la réalité des femmes dans ce pays ». Selon elle, les Suissesses consacrent déjà 60 % de leur temps à des tâches non rémunérées, alors que pour les hommes, « c’est le contraire ». « Et là en leur demandant un service non payé, on augmente encore plus ce déséquilibre », assurait-elle.
Six milliards de francs suisses par an au profit de la transition écologique
La deuxième proposition soumise au vote des quelque 5,6 millions d’électeurs, appelée « Initiative pour l’avenir », a aussi suscité la controverse puisqu’elle aurait instauré une nouvelle taxe climatique sur les successions les plus importantes.
Le texte, présenté par la Jeunesse socialiste suisse, prévoyait un impôt sur les successions de 50 % sur les montants supérieurs à 50 millions de francs suisses (53,5 millions d’euros), ce qui concernerait environ 2 500 foyers.
Selon le groupe, cette taxe aurait rapporté 6 milliards de francs suisses par an au profit de la transition écologique. Les affiches de la campagne arboraient des slogans comme « Taxons les ultra-riches, sauvons le climat ! »













