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Au Soudan, la ville d’El-Obeid craint un assaut des paramilitaires

Les habitants de la ville soudanaise d’El-Obeid, dans la région stratégique du Nord-Kordofan, vivent dans la peur d’un assaut des paramilitaires. Le 26 octobre, les Forces de soutien rapide (FSR) ont pris le contrôle d’El-Fasher, dernier verrou stratégique qui leur échappait au Darfour, dans l’Ouest, où les témoignages de viols, enlèvements et massacres se multiplient.

Le troisième plus grand pays d’Afrique est ensanglanté depuis avril 2023 par une lutte pour le pouvoir opposant l’armée du général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane aux paramilitaires des FSR de son ancien adjoint, Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Tous deux sont accusés d’exactions. De son côté, l’armée tient l’Est et une partie du Centre, dont la capitale, Khartoum.

Entre le Darfour et Khartoum, la région pétrolifère du Nord-Kordofan apparaît comme le nouvel épicentre du conflit, en l’absence d’accord des belligérants sur une proposition de trêve des pays médiateurs – Arabie saoudite, Etats-Unis, Egypte et Emirats arabes unis.

Les FSR ont dit, jeudi 6 novembre, soutenir cette proposition tandis que l’armée n’a pas commenté et plutôt suggéré la poursuite des affrontements. Et, dès vendredi, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a mis en garde contre des « préparatifs en vue d’une intensification » des hostilités au Nord-Kordofan.

Attaque de drone déjouée

« Nous avons particulièrement peur en raison de ce qui s’est passé à El-Fasher », a déclaré, samedi, à l’Agence France-Presse (AFP), Soaad Ali, un habitant d’El-Obeid. « Nous vivons dans la peur. Les autorités tentent de nous rassurer (…) mais après ce qui s’est passé à Bara, notre peur ne fait que croître », souligne un autre habitant, requérant l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Après l’entrée des FSR à Bara, quelque 36 000 personnes ont fui la ville et quatre autres localités voisines, selon l’ONU. « Depuis la prise d’El-Fasher, le nombre de victimes civiles, les destructions et les déplacements massifs de population n’ont cessé d’augmenter », a aussi alerté M. Türk.

Les paramilitaires des FSR ont pris, fin octobre, la ville de Bara, également située dans le Nord-Kordofan, et regroupé des forces autour d’El-Obeid, plus au Sud, où une attaque a fait au moins 40 morts mardi, selon l’Organisation des Nations unies (ONU). A quelque 400 kilomètres au sud-ouest de Khartoum, la capitale du Nord-Kordofan compte environ un demi-million d’habitants.

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L’armée soudanaise a intercepté, samedi, une attaque de drone lancée par les FSR contre El-Obeid, a indiqué à l’AFP une source militaire, qui a requis l’anonymat, n’ayant pas été autorisée à s’adresser aux médias. Les attaques de drone ont été l’une des tactiques clés des FSR dans ce conflit.

« Division du Soudan »

La prise d’El-Fasher par les paramilitaires a enclenché l’exode de plus de 80 000 personnes, qui ont fui la ville et ses environs pour trouver refuge dans les localités de Tawila, Kabkabiya, Mellit et Kutum, selon l’ONU. Des réfugiés ont confié à l’AFP que des femmes et des hommes avaient été séparés à la sortie d’El-Fasher, et que des centaines d’hommes avaient été détenus dans les villes voisines.

A Tawila, de nombreuses familles sont arrivées avec « des enfants qui ne sont pas les leurs », a déclaré Mathilde Vu, responsable de plaidoyer pour l’ONG Norwegian Refugee Council. « Cela signifie que les enfants ont perdu leurs parents en chemin, parce que ceux-ci (…) ont disparu dans ce chaos, ont été détenus, ou encore tués », a-t-elle expliqué à l’AFP.

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Le gouverneur du Darfour, Minni Minnawi, désormais établi à Port-Soudan, siège temporaire du gouvernement pro-armée, a affirmé, samedi, que le retrait des FSR des villes qu’ils contrôlent est une précondition à tout cessez-le-feu. « La trêve doit être précédée du retrait des janjawids et des mercenaires [noms donnés aux FSR] des hôpitaux et des villes ; de la libération des personnes enlevées, notamment des enfants et des femmes ; et du retour des déplacés », a-t-il déclaré sur X.

« Une trêve sans ces conditions signifierait la division du Soudan », a-t-il mis en avant. En 2011, le Soudan avait déjà été amputé du Soudan du Sud à l’issue de décennies de guerre, puis d’un référendum d’indépendance. Au Soudan, la guerre a fait, jusqu’à présent, des dizaines de milliers de morts, déplacé près de 12 millions de personnes et provoqué, selon l’ONU, la plus grande crise humanitaire au monde.

Le Monde avec AFP

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