Veste orange de chantier sur les épaules, le ministre des transports, Philippe Tabarot, s’est dit, vendredi 4 avril, « déterminé » à faire aboutir les travaux de l’autoroute A69 interrompus par la justice, confiant avoir « bon espoir » d’une issue favorable en arpentant un viaduc inachevé aux abords de Castres (Tarn).
« J’espère de tout cœur que tout cela pourra rentrer dans l’ordre et que sur d’autres projets sur l’ensemble du territoire national, les choses pourront se faire en prenant en compte la question environnementale mais en n’oubliant pas que notre pays a aussi besoin de mobilité et de développement économique pour ses habitants », a ajouté le ministre. Il a qualifié de « désolant » le « coup dur pour l’économie locale » que représente selon lui l’arrêt des travaux, après quelques pas sur la trace de l’autoroute balayée par le vent d’autan, en compagnie d’élus locaux et de responsables du chantier.
L’Etat a annoncé le 24 mars avoir fait appel du jugement du 27 février du tribunal administratif de Toulouse ayant arrêté les travaux, tout en joignant une demande complémentaire de sursis à exécution. Cet outil procédural doit permettre, si la cour d’appel administrative y fait droit, de suspendre les effets de la décision du tribunal, et donc de reprendre les travaux suspendus depuis plus d’un mois. L’examen formel de cette demande de sursis à exécution pourrait intervenir peu après la mi-mai.
« Le chantier ne pourra pas redémarrer du jour au lendemain »
Dans son jugement, le tribunal administratif de Toulouse a annulé l’autorisation environnementale délivrée par l’Etat, estimant qu’il n’y avait pas de Raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM) pour justifier les atteintes à l’environnement occasionnées par le chantier.
« Si j’ai bon espoir que la cour administrative de Toulouse puisse prononcer un sursis à exécution, il est évident que le chantier ne pourra pas redémarrer du jour au lendemain », a encore dit M. Tabarot.
Le guidant lors de sa visite, Martial Gerlinger, PDG d’Atosca, concessionnaire de la future autoroute et en charge des travaux, a en effet expliqué qu’une reprise, si la justice donne son feu vert, serait « quasiment comme si on redémarrait le chantier à neuf ».
Selon le ministre, ce serait « un problème mais un bon problème comme on dit car ça voudra dire que le chantier peut reprendre et que le projet peut être terminé », a-t-il dit, approuvé par Jean Terlier et Philippe Folliot, respectivement député macroniste et sénateur centriste du Tarn, à ses côtés.
« Déni de droit »
Parallèlement aux recours devant les juridictions administratives, ces élus ont ouvert avec deux de leurs collègues locaux une voie parlementaire, à travers une proposition de loi, pour tenter de faire reprendre au plus vite ce chantier qu’ils jugent vital pour désenclaver cette partie du département. Cette proposition de loi doit être examinée le 15 mai au Sénat, selon l’ordre du jour du Palais du Luxembourg arrêté mercredi, puis début juin à l’Assemblée nationale, espèrent les élus.
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Le principal collectif local d’opposition à l’autoroute, La Voie est libre, estime que toutes ces voies de recours sont le signe d’un « Etat qui s’acharne contre l’intérêt du territoire ». L’appel constitue, selon les militants, une « fuite en avant », le sursis à exécution « constituerait un véritable déni de droit » tandis que l’initiative du « quarteron de parlementaires tarnais » fait figure à leurs yeux de « mauvais tour de passe-passe » pour contourner le tribunal.
Du côté des pro-autoroute, qui avaient mobilisé le 8 mars plusieurs milliers de personnes autour du slogan « A69, on finit ! », on met en revanche en avant, pour exiger l’aboutissement du chantier, un sondage selon lequel « 64 % des habitants du Tarn soutiennent l’autoroute » (étude Opinion Way pour l’association Via81 réalisé du 3 au 6 mars auprès d’un échantillon de 500 personnes représentatif de la population du Tarn).