Ils sont tous venus, le frère, la sœur, l’ex-femme, les fils, la cousine, une procession familiale comme aux mariages ou aux enterrements. Cette fois, c’est à la barre des témoins qu’ils défilent les uns après les autres, devant la cour criminelle du Morbihan, à Vannes. Face à eux, le docteur Joël Le Scouarnec, accusé de viols et d’agressions sexuelles sur 299 victimes présumées, qui avaient 11 ans en moyenne au moment des faits. Pour ses proches, Le Scouarnec, 74 ans, était l’élite de la famille, le grand homme, le chirurgien, « l’intellectuel, quelqu’un d’intelligent », souligne Martine P., sa cousine, d’une voix dans laquelle le respect affleure toujours. Elle a tenu à aller voir le médecin au parloir, une des rares à lui rendre visite en prison. Sa première phrase fut une question : « Pourquoi tu es devenu comme ça ? » C’est la même que se pose la cour criminelle depuis l’ouverture du procès, le 24 février.
Comme bien d’autres, les Le Scouarnec ont leur roman familial. Jusqu’à présent, il tenait en quelques phrases, lâchées avec parcimonie devant les enquêteurs, un récit si dépouillé qu’il en devenait abstrait : une famille française des années 1950 dans un pavillon de banlieue parisienne, des parents modestes mais méritants, trois enfants et un ascenseur social qui fonctionne encore. Le fils aîné était devenu médecin, il en rêvait tout petit déjà, et avait lui-même fondé une famille, trois enfants, etc. Mais, à l’audience, de petite phrase en petite phrase, le verrou a sauté. Et, très lentement, la porte du passé a commencé à se déverrouiller.
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