Le 17 mars 2020, la France se confinait et nos libertés fondamentales étaient suspendues. L’instruction de la Cour de justice de la République visant trois anciens ministres (Agnès Buzyn, Edouard Philippe et Olivier Véran) ne donnera finalement pas lieu à un procès. D’une certaine façon, il s’agit d’une opportunité, car si les magistrats instructeurs avaient rassemblé les preuves que les ministres avaient enfreint la loi, l’explication du fiasco dénoncé par les plaignants serait simple : des fautes individuelles en auraient été la cause. Maintenant que le dossier est clos, il faut chercher les causes systémiques et organisationnelles ailleurs : elles renvoient à la faiblesse structurelle de la santé publique dans notre pays.
La petite musique sur le thème « la France n’a pas fait pire que ses voisins » est fausse. Une récente étude européenne à laquelle a participé Arnaud Fontanet, ancien membre du conseil scientifique Covid-19, a montré que l’excès de mortalité était d’autant plus faible que les pays avaient pris des mesures tôt. Pour la première vague, cet excès est négatif dans des pays comme le Danemark et la Norvège, mais le bilan de la France, qui a confiné tard, est moyen : trois régions étaient déjà touchées (Grand-Est, Ile-de-France et Hauts-de-France) mais les autres ont bénéficié d’un confinement que l’on peut qualifier de précoce.
Les pays avec le meilleur bilan de mortalité peuvent être qualifiés de proactifs : ils ont géré le risque épidémique, ils ont sauvé des vies et ils ont mieux préservé leur économie. Le Danemark, qui a réagi dès le 13 mars 2020, alors qu’il n’y avait, dans ce pays, que dix personnes hospitalisées, a ainsi pu alléger les restrictions dès le 15 avril. La France, en revanche, fait partie des pays qui ont attendu la saturation hospitalière pour agir.
Les erreurs initiales ont détruit la confiance
Aujourd’hui, nous sommes dans un oubli qui confine au déni : cinq ans après le début de cette pandémie, l’Hexagone n’a pas su tirer les leçons de la crise due au Covid-19. Entre 2005 et 2011, à la suite des alertes du SRAS et de la grippe H1N1, l’Etat avait construit un dispositif contre les pandémies qui n’a pas servi, ce qui a été reproché à Roselyne Bachelot, alors ministre de la santé. Le dispositif a donc été déconstruit ; comme si le risque avait disparu, comme s’il fallait arrêter de s’assurer contre l’incendie puisqu’il n’y en avait pas eu au cours des dernières années.
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