L’armée soudanaise a affirmé, samedi 8 février, avoir arraché un secteur-clé proche de la capitale à ses adversaires des Forces de soutien rapide (FSR). Le chef de l’armée, le général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane, a ensuite annoncé la formation prochaine d’un gouvernement de transition.
Le quartier de Kafouri, situé à Bahri, au nord de Khartoum, était sous le contrôle des FSR depuis le début du conflit, en avril 2023, qui a fait des dizaines de milliers de victimes, déraciné 12 millions de personnes et plongé le pays dans une crise humanitaire majeure. L’armée et les unités alliées ont « achevé vendredi le nettoyage » de Kafouri et d’autres zones de Sharq El Nil, à 15 kilomètres à l’est, des « restes des milices terroristes Daglo », a affirmé son porte-parole, Nabil Abdullah, en référence au chef des FSR, Mohammed Hamdan Daglo.
Ce quartier, l’un des plus riches de Bahri, était un bastion des FSR et abritait la résidence d’Abdel Rahim Daglo, frère et adjoint du chef des paramilitaires. Cette prise rapproche l’armée de la reprise totale de Bahri, où vivent près d’un million d’habitants et qui constitue une pièce essentielle pour le contrôle de la capitale soudanaise. « Nous attendons le retour des services, le retour de nos voisins et la fin de cette guerre pour que notre pays retrouve sa stabilité », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Azahir Suleiman, 43 ans, un habitant de Kafouri.
Sur la défensive au début de la guerre, le général Al-Bourhane ne cesse de regagner du terrain. Samedi, il a annoncé la formation prochaine d’un gouvernement de transition composé d’« experts », dont la tâche principale sera d’aider à « compléter les tâches militaires restantes (…) et à nettoyer tout le Soudan » des paramilitaires. Il a assuré que ce gouvernement jetterait les bases d’une transition politique plus large en vue d’élections et a annoncé la rédaction d’un document constitutionnel et la nomination d’un premier ministre, tout en promettant que l’armée « n’interférera pas dans ses tâches ou responsabilités ». Le Soudan dispose actuellement d’un gouvernement désigné par l’armée.
Crainte de représailles
Amnesty International a exprimé vendredi ses inquiétudes quant à d’éventuelles représailles dans les zones récemment reprises par les troupes régulières. Soulignant qu’elle s’efforçait de vérifier leur authenticité, l’ONG a cité des informations faisant état de « listes d’hommes politiques, magistrats, défenseurs des droits humains, travailleurs médicaux et humanitaires accusés d’être des partenaires des FSR ».
Dans le quartier de South Belt, à Khartoum, les FSR ont arrêté samedi deux membres d’un réseau soudanais de secouristes bénévoles à l’hôpital Bashair, le dernier établissement partiellement en fonction de la région, a déclaré ce réseau dans un communiqué. Jeudi, des secouristes locaux ont aussi affirmé que les FSR avaient arrêté le directeur de l’hôpital, le responsable d’une soupe populaire et un bénévole.
La semaine dernière, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a recensé au moins 18 morts civils à Bahri depuis l’avancée de l’armée, fin janvier. Des exécutions massives de civils ont aussi été signalées après la prise de contrôle par l’armée de Wad Madani, capitale de l’Etat de Gezira, le mois dernier.
Les groupes de défense des droits humains accusent l’armée et les milices alliées d’exécutions extrajudiciaires, d’enlèvements et de tortures physiques et psychologiques, ciblant en particulier les communautés soupçonnées d’avoir des liens avec les paramilitaires. Les FSR, elles, sont devenues tristement célèbres pour leurs violences ethniques, ce qui a conduit les Etats-Unis à les accuser formellement, le 7 janvier, de « génocide ».
Ailleurs, l’armée a intensifié ses opérations contre les paramilitaires dans la vaste région occidentale du Darfour. A Zalingei, capitale du Darfour central sous contrôle des FSR, à 1 400 kilomètres de Khartoum, une frappe aérienne sur un quartier résidentiel a tué trois personnes, selon un groupe local représentant les déplacés et réfugiés. A Nyala, capitale du Darfour du Sud, des frappes aériennes de l’armée ont tué 57 personnes en deux jours la semaine dernière, a rapporté à l’AFP une source médicale. Contrôlée également par les FSR depuis fin 2023, cette ville stratégique est dotée d’un aéroport où transitent ravitaillement et armes, selon des images de l’Humanitarian Research Lab de l’université Yale.
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Alors que les paramilitaires contrôlent une grande partie du Darfour, l’armée a consolidé son emprise sur le nord et l’est du pays, ainsi que sur certains secteurs du centre.