Une marche en hommage à Justine Vayrac, à Saint-Céré (Lot), le 6 novembre 2022.

Un homme a été condamné, samedi 21 mars, à une peine de trente ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté de vingt ans, pour le viol et le meurtre d’une jeune femme de 20 ans, Justine Vayrac, en 2022 en Corrèze.

Pour l’avocate générale Emilie Abrantes, le condamné, Lucas Larivée, un ouvrier agricole de 24 ans « prisonnier de [ses] mensonges » durant les six jours de procès, n’est « pas un monstre » mais possède « tous les traits de personnalité » qui font de lui « un psychopathe » dangereux pour la société.

Après six heures de délibération, les jurés ont prononcé une peine légèrement inférieure à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de vingt-deux ans de sûreté, réclamée par le parquet. En larmes et dans les bras de ses proches lors de l’annonce du verdict, la mère de la victime a ensuite fait un pas pour enlacer celle de l’accusé.

« Depuis le début, nous avons fait le choix de faire confiance en la justice de notre pays et cette confiance est intacte », a réagi le beau-père de la victime, au nom de la famille Vayrac. De son côté, le représentant de la défense, Me Michel Labrousse, n’a pas souhaité commenter le verdict, précisant que « l’éventualité d’un appel n’est pas une décision qui se prend à chaud ».

Expertises psychiatriques

Déjà condamné pour une affaire d’incendie volontaire, Lucas Larivée, présenté comme « intolérant à la frustration » par les experts psychiatres, était jugé pour le viol et le meurtre le 22 octobre 2022 de Justine Vayrac, au retour d’une soirée en discothèque à Brive-la-Gaillarde.

Pour le parquet, dès la nuit des faits, le jeune homme « a mis en place une mécanique machiavélique et glaçante. Il a réfléchi à chaque détail », avec « cynisme », aussitôt après la mort de Justine, en rassurant ses amis par téléphone, enterrant le corps, puis accusant un personnage inventé.

Dans le dossier des incendies, « l’expert psychiatre avait conclu que Larivée ne présentait aucun profil psychopathique. Comment peut-on dire tout l’inverse aujourd’hui ? », a remis en question Me Michel Labrousse, au cours de près de quatre heures de plaidoirie durant laquelle les proches de la victime ont quitté la salle.

« Ce [nouveau] rapport [d’expertise psychiatrique] est un torchon. Il a mis dans la tête des gens l’item d’un tueur en série, et l’avocate générale profite de ce pain béni. » « Lucas Larivée, ce n’est pas Emile Louis », a-t-il ajouté. Avant de tancer les jurés : « Vous aurez sur la conscience une décision sur laquelle il y a du doute et qui doit lui profiter », les enjoignant à ne retenir que « la qualification de coups mortels ».

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Depuis le début du procès, la défense a plaidé l’accident lors d’un jeu sexuel – un étranglement au cours de l’acte – consenti ayant mal tourné, pour expliquer la mort, « sans intention de la donner », de la jeune femme. Mais cette thèse a été bousculée, au fil des débats, par les expertises attestant de projection de sang dans la chambre, de coups portés à la victime, par le témoignage d’une seconde jeune femme disant avoir aussi été étranglée lors d’une deuxième relation dans le même lit, deux heures après la mort de Justine, et par les mensonges de l’accusé.

Intervention d’un tiers imaginaire

Au début de l’affaire, Lucas Larivée avait évoqué, « pour se dédouaner », l’intervention d’un tiers, qui s’avérera imaginaire, auteur d’un rapport forcé et de quatre coups de poing sur Justine Vayrac.

« Ce mensonge ne vous dédouane pas, au contraire, il vous accable », a lancé l’avocate générale, expliquant que dans « ce récit » attribué à un tiers fictif, « tout correspond[ait] à ce qui est constaté scientifiquement. »

Décrite comme « douce » et « très sensible » par ses parents à la barre, « Justine, alcoolisée et d’une fragilité particulière » le soir des faits, « n’était qu’une proie de plus sur le tableau de chasse de Lucas Larivée », qui, séducteur, collectionnait les petites amies, d’après l’enquête, selon l’avocat de la famille Vayrac, Me Olivier Guillot.

Vendredi, Lucas Larivée avait qualifié son geste d’« irréparable » et d’« impardonnable », tout en restant campé sur la thèse de « l’accident ». « Je ne me pardonnerai jamais », avait-il affirmé, en larmes, le regard tourné vers les parents de Justine.

Le Monde avec AFP

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