Quand il n’y a pas de Soleil, il y a du vent. Et vice-versa. Donc, on peut s’en contenter. L’argument est souvent avancé dans le cadre de du débat public sur la Programmation Pluriannelle de l’énergie que Sébastien Lecornu doit – depuis plusieurs mois – publier prochainement. Il y a quelques jours, Cédric Philibert qui se présente comme « Energy and climate change analyst, focus on renewables for industry and transport, electrification and hydrogen » en publiait sur Linkedin une énième version, appuyée sur un graphique censé en être la démonstration quantifiée.
Voici ce graphique :
Le commentaire de Cédric Philibert affirme « L’éolien et le solaire se complètent au cours de l’année, le soleil produisant peu de novembre à février, au contraire de l’éolien. » Il en tire la conclusion que la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) doit comporter de nouvelles installations d’éoliennes en grand nombre. Ces graphiques indiquent que, si l’on considère la production mensuelle d’électricité, les variations mensuelles entre Soleil et vents semblent se compenser, même si ce n’est pas à la perfection.
La physique lève le doigt
OK… mais c’est là que la physique lève le doigt et rétorque « la complémentarité sur un mois, voire sur les mois d’une année, je m’en fiche un peu. Moi, ce dont j’ai besoin pour que mon système électrique fonctionne et ne s’écroule pas, c’est d’équilibrer l’offre et la demande – la production et la consommation d’électricité – à chaque seconde. » Trop de demande et la fréquence diminue, trop d’offre elle augmente, et si l’équilibre n’est pas respecté tout saute. Et cet équilibre doit être constant, sa moyenne mensuelle n’a aucun intérêt.
Il est donc indispensable, pour réfléchir à ce sujet, d’interroger la complémentarité entre les productions solaire et éolienne avec un pas de temps beaucoup plus réduit qu’un mois. Je n’ai pas la possibilité (et ce ne serait pas très intéressant) de la faire à la seconde, mais le pas de temps de 30 minutes est suffisant pour étudier la question. Y a-t-il complémentarité à cette échelle de temps ?
Voici la réponse en quelques graphiques récents sur les mois de septembre et novembre 2025 et de janvier 2026.
Voici par exemple les productions éolienne et solaire de septembre 2025 :
Pour en favoriser l’étude de leur complémentarité, voici un graphique qui superpose les deux productions :
Observons le vendredi 26 septembre 2025. Ce jour-là, la production éolienne est d’environ 700 MW, une misère, toute la journée. Mais c’est aussi un jour nuageux, avec un maximum de production solaire à midi le deuxième plus bas du mois, avec 10 000 MW. Et, bien sûr, une production nulle durant toute la nuit, alors que la production éolienne demeure à son étiage bas également. On trouve la même situation le 21 septembre, comme les 8 et 9 du mois. A l’inverse, les 15 et 16, vents et soleil sont à leurs maxima mensuels en simultané.
Comment, alors, les Français et l’économie du pays ont-ils été alimentés en électricité ce vendredi 26 septembre ? Voici la réponse donnée par RTE :
Ce graphique du site grand public de RTE montre la production d’électricité pour le vendredi 26 septembre 2025. Durant la nuit, la production solaire nulle n’est absolument pas compensée par une production éolienne puisque cette dernière est inférieure à 1 000 MW. Quant au maximum de production solaire, à midi heure solaire, il se limite à 9 200 MW, l’une des plus faible du mois.
Une situation fréquente
Un exemple isolé ? Voici pour illustrer qu’il s’agit plutôt d’une situation fréquente, les graphiques pour le mois de novembre 2025 :
La superposition des productions éolienne et solaire de novembre 2025 dans le troisième graphique ci-dessus ne montre aucune tendance à une compensation de l’une par l’autre. Pire, des maxima surviennent simultanément (5, 6, 12, 13, 19 par exemple), tandis que des minima simultanés des deux sources sont également visibles comme les 8, 16 ou 26 novembre.
Un mois de janvier 2026 cruel pour la théorie
Le mois de janvier 2026 permet de faire les mêmes observations :
Le mois de janvier 2026 est particulièrement cruel pour la théorie de la « complémentarité » entre soleil et vents, avec une succession de maxima et de minima simultanés qui constitue la principale caractéristique de ce mois d’hiver. D’où la situation, ce mercredi 28 janvier par exemple, dont rend compte ce graphique de RTE :
Au moment où cette note de blog est écrite, le contenu de la PPE n’est pas encore connu. Mais, alors que des fuites sur les études d’EDF révèlent les dégâts techniques et économiques des yoyos de plus en plus fréquents et brutaux imposés aux réacteurs nucléaires tantôt pour laisser place aux productions éoliennes et solaires tantôt pour compenser leurs faiblesses, il semble utile de revenir aux fondamentaux de l’électricité. C’est le mix de production optimal qui doit être visé : celui qui saura assurer un équilibre constant – et non en moyenne mensuelle ! – entre production et consommation au moindre coût sur la durée (il faut intégrer le problème sur 30 ans minimum). Ce mix doit également être le plus bas carbone possible. Or, les deux moyens de production les plus bas carbone du système actuel sont les centrales nucléaires et les barrages hydrauliques (notamment en raison de leur ancienneté, donc une production déjà très importante qui diminue drastiquement les émissions de gaz à effet de serre par MWh produit).



