Le contraste est fort. Aux Etats-Unis, le gouvernement de Donald Trump poursuit son action de sape contre la recherche médicale Son ministre de la santé, Robert Kennedy Jr, antivaccin notoire, a décidé au début de l’année l’abandon des recommandations gouvernementales pour les vaccins contre la grippe, l’hépatite A et B, les méningocoques (cause de méningites), les virus respiratoires syncytiaux (bronchiolite chez les nourrissons) et les rotavirus (gastro-entérites). Le vaccin contre le Covid-19 avait été retiré des recommandations à tous les enfants en 2025.

L’attaque du gouvernement Trump contre la recherche médicale et l’aide aux pays pauvres dans le domaine de la santé a provoqué une protestation virulente de l’Institut Pasteur, qui déclarait fin janvier : « Depuis plusieurs mois, l’administration américaine a entrepris d’attaquer et d’affaiblir la recherche biomédicale et l’action de santé publique aux Etats-Unis et dans le monde, dans des proportions totalement inédites. Cette situation a de nombreuses conséquences, tant éthiques qu’économiques, mais constitue surtout une atteinte grave à la protection de la santé des populations et une attaque sans précédent contre les systèmes et institutions responsables de la protection de la vie humaine.

Certaines thématiques scientifiques clés dans le domaine des maladies infectieuses, de l’immunologie, de la vaccinologie ou de la santé des femmes ont été exclues des projets de recherche éligibles aux financements publics dans ce pays. En outre, les Etats-Unis se sont brutalement désengagés des grands programmes mondiaux de santé publique, démantelant l’Agence pour le développement international (USAID) et mettant à exécution encore tout récemment leur décision de quitter l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Les menaces qui pèsent désormais sur ces activités à l’échelle globale sont majeures, et l’effet de ces menaces sur la santé humaine risquent d’être considérables : selon The Lancet, le désengagement américain pourrait causer la mort de 14,1 millions de personnes d’ici 2 030, dont 4,5 millions d’enfants de moins de 5 ans. Cette action représente une profonde injustice pour les populations directement touchées. Elle témoigne en outre d’un déficit global de compréhension du monde dans lequel nous vivons, où les populations sont étroitement interconnectées et où l’absence de contrôle des maladies dans certaines zones peut facilement entraîner la propagation à travers le monde d’infections auparavant maîtrisées ou de nouvelles infections. »

Marotte de Donald Trump

Pour justifier ces actions, Donald Trump, son ministre Robert Kennedy Jr… mais aussi les nouvelles directions des agences publiques en charge de la santé, multiplient les fake news, dans un torrent de désinformation continu. Ainsi, le CDC (Centers for disease control) prétend sur son site internet grand public qu’il n’est pas prouvé que les vaccins ne causent pas l’autisme. Une affirmation contredite par le consensus scientifique actuel, souligne l’Institut Pasteur. On peut lire cette désinformation comme la poursuite d’une marotte personnelle de Donald Trump et non seulement de son ministre de la santé.

Pendant ce temps…. le ministère de la santé de Chine prend une décision majeure concernant la médecine traditionnelle chinoise. Une médecine fondée sur des pratiques empiriques souvent très ancienne, à base de produits directement puisés dans les substances naturelles et seul recours de la population chinoise tant qu’elle ne pouvait accéder à des médecins formés. De sorte que, lors des décennies post 1949 (arrivée au pouvoir de Mao), et souvent encouragées par les pouvoirs publics, des pratiques utilisant ces produits non plus par voie orale et à faibles doses mais en doses plus fortes et par injections intramusculaires et intraveineuses se sont développées. Le tout sans qu’elles subissent les études d’efficacité et de sécurité demandées pour les médicaments de la médecine « basée sur la science », comme l’on dit désormais dans les universités où sont formés les médecins.

Preuves scientifiques standards

Récemment, le ministère de la santé a donc décidé de soumettre ces pratiques, pour leur autorisation, à une évaluation par des méthodes scientifiques standards de leur efficacité et de leur sécurité. Un projet de réglementation a été élaboré par la National Medicals Products Administration, ainsi que d’autres agences, le texte définitif est prévu pour le mois de juin. Ces nouvelles règles, souligne Li Huarong, un historien de la Shanxi University of Chinese Medicine « marquent un changement fondamental dans le développement des injections des médecines traditionnelles » dont les fabricants doivent passer d’une simple référence à une expérience ancienne à la démonstration par des preuves scientifiques standards, rapporte un article de la revue Science.

La décision du gouvernement chinois vient après une phase de développement de ces injections dont le marché a culminé à 3 milliards de dollars en 2016, mais s’est ensuite contracté de près de la moitié en 2023 à la suite de la survenue d’effets secondaires négatifs, allant jusqu’à des décès, et de leur médiatisation. En 2019, le gouvernement avait déjà décidé que les nouveaux produits injectables basés sur la médecine traditionnelle devaient passer de tels tests d’efficacité et de sécurité pour être autorisés. Mais là, ce sont tous les produits déjà utilisés avant 2019 qui devront se soumettre à cette exigence. Si certains de ces produits disposent déjà d’études cliniques et pourront rapidement remplir ces exigences, la plupart devront donner lieu à des études cliniques nouvelles. Le chef des experts qui ont produit l’analyse débouchant sur ces règles estime qu’un tiers seulement de ces produits injectables pourra passer avec succès cet examen. De ces études pourrait d’ailleurs sortir des informations précieuses, notamment en identifiant la ou les molécules véritablement actives dans le cocktail traditionnellement utilisé sans que sa composition chimique ait été établie.

Share.
Exit mobile version