Meilleures Actions
Histoires Web mercredi, avril 24
Bulletin

Deux hommes, longs cheveux noirs et pagne autour de la taille, agitent des bâtons. A quelques mètres seulement, de l’autre côté d’une rivière, un véhicule fait vrombir son moteur. Aussitôt, les deux fines silhouettes s’enfoncent dans la forêt. Ces images ont été filmées fin 2023 sur l’île d’Halmahera, en Indonésie, par des employés d’une société minière : elles témoignent, selon l’ONG Survival, de la présence d’une tribu autochtone non contactée, les Hongana Manyawa, à proximité de la mine de nickel de Weda Bay, où opère notamment le groupe français Eramet.

Depuis des mois, des organisations internationales dénoncent les pratiques des entreprises présentes sur le site industriel d’Halmahera, accusées d’atteintes aux droits humains et à l’environnement. Ces inquiétudes sont encore renforcées par le nouveau projet d’Eramet, une société détenue à 27 % par l’Etat français : elle prévoit la construction, avec son partenaire allemand BASF, d’une usine de transformation à proximité de la mine. Une installation, baptisée Sonic Bay, qui pourrait bénéficier du soutien financier direct de Paris par le biais d’un fonds d’investissement consacré aux minerais et métaux critiques, lancé en 2023.

« Nous sommes extrêmement inquiets, explique Callum Russell, spécialiste de l’Asie à Survival. Les activités minières dans cette région éloignée risquent non seulement de détruire les forêts et les rivières dont les Hongana Manyawa ont besoin pour survivre, mais aussi d’introduire des maladies infectieuses mortelles. Le projet de Sonic Bay ne fera qu’encourager massivement ces activités. » Faute de critères environnementaux et sociaux robustes, « le nouveau fonds d’investissement pour les minerais critiques risque de financer des projets entraînant déforestation et violations de droits humains », s’alarme aussi Klervi Le Guenic, chargée de campagne forêts tropicales de l’ONG française Canopée.

Un minerai indispensable à la transition énergétique

Le nickel est un minerai particulièrement convoité : impliqué dans la fabrication de batteries, il est indispensable à la transition énergétique, et donc à la lutte contre le réchauffement. Entre 2017 et 2022, la demande en nickel a déjà bondi de 40 %, selon l’Agence internationale de l’énergie. L’Indonésie est le champion mondial de la production de ce minerai, et la mine de Weda Bay est considérée comme le plus important gisement de la planète.

L’histoire de cette concession débute il y a deux décennies. En 1996, un jeune géologue australien commence l’exploration du site, s’enfonçant sur 40 kilomètres à l’intérieur des terres d’Halmahera. Il découvre « une jungle épaisse, pas vraiment inhospitalière malgré ses serpents, ses araignées, ses kuskus dormeurs [des marsupiaux] et ses centaines d’espèces d’oiseaux », selon le récit fait par Eramet. « Dans ces terres reculées vivent parfois les Hongana Manyawa, semi-nomades », précise le groupe. L’exploitation de la mine de Weda Bay ne démarre finalement qu’en 2019, en partenariat avec l’entreprise chinoise Tsingshan.

Il vous reste 53.8% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
© 2024 Mahalsa France. Tous droits réservés.