« Un programme renforcé pour la surveillance du patrimoine archéologique en Ukraine est nécessaire »

La guerre est souvent un phénomène qui accélère la recherche. Commencé en 2014, le conflit ukrainien se joue autant au niveau technologique que dans le champ des sciences humaines. En 2023, l’Académie nationale des sciences d’Ukraine a fait de l’étude des sites archéologiques un domaine prioritaire. Le spécialiste de l’âge du bronze Serhii Telizhenko, qui travaille pour l’Institut d’archéologie de l’Académie, renseigne aujourd’hui les forces armées ukrainiennes. Le chercheur relève les découvertes archéologiques et leur devenir sur la ligne de front.

Les oblasts orientaux de l’Ukraine sont connus pour conserver un maillage dense de tumulus funéraires appelés « kourganes  ». Certains, qui remontent au IVe millénaire, sont les plus anciens témoins du néolithique en Europe. Selon Serhii Telizhenko, plus de 2 000 sites auraient été pillés dans les régions annexées, notamment celles de Louhansk et de Donetsk. Quant à la Crimée, malgré son rattachement à la « Nouvelle-Russie », elle reste le point névralgique du conflit. Par son positionnement stratégique, la riche péninsule était déjà colonisée par les Grecs en prise avec les Scythes originaires d’Asie centrale.

Lors de l’invasion russe de 2022, les études archéologiques se sont arrêtées, mais, paradoxalement, les fouilles se sont multipliées, illégales. A quelques kilomètres de Kherson, Serhii Telizhenko a révélé, par des vues aériennes, les cratères caractéristiques des pilleurs dans la réserve archéologique d’Olbia, située dans un territoire âprement disputé depuis le début de la guerre.

Les conséquences des combats sont catastrophiques pour la conservation des vestiges. La rupture du barrage de Nova Kakhovka sur le Dniepr, le 6 juin 2023, a redessiné le front au nord-ouest de la Crimée, révélant de nombreux sites. Postés de part et d’autre, des soldats creusent des abris, découvrent des objets qu’ils gardent sur eux en souvenir… jusqu’à ce qu’ils soient tués. Avec eux, le contexte archéologique est perdu.

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