Histoires Web vendredi, février 13
un choix équilibré malgré les pressions populistes

Une toute petite fenêtre pour faire passer un texte immensément important. Jeudi 12 février, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a profité d’une accalmie politique pour dévoiler puis publier, par décret, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), un document stratégique victime des errements politiciens et des pressions populistes depuis plus de deux ans.

La France aurait dû le présenter avant le 1er juillet 2023, les différents gouvernements n’ont cessé de repousser l’échéance, soit à cause de majorités introuvables pour faire voter une loi à l’Assemblée nationale, soit par peur de se faire censurer par le Rassemblement national (RN).

Attendue par de nombreuses filières industrielles, cette PPE3 ne revient pas sur les grands équilibres du discours de Belfort prononcé par Emmanuel Macron en février 2022 : dans les dix ans qui viennent, la France s’appuiera sur une production d’électricité majoritairement d’origine nucléaire, avec la construction de six nouveaux EPR, voire de huit autres en option. Mais les objectifs en matière d’électricité renouvelable ont été en partie rabotés, avec un important coup de frein sur l’éolien terrestre et le photovoltaïque.

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Depuis des mois, la droite et l’extrême droite réclamaient un moratoire sur ces filières de façon totalement irrationnelle : la première mise en service d’un nouveau réacteur n’étant attendue qu’en 2038, les renouvelables sont indispensables au mix énergétique des prochaines années. Finalement, l’essentiel est préservé, même si les pressions ont eu une certaine influence.

Un cap ambitieux

Censée placer la France sur la trajectoire de la neutralité carbone en 2050, cette programmation pluriannuelle est une étape cruciale. La production d’électricité est l’élément central non seulement des engagements climatiques de la France, qui a promis de faire baisser de 55 % ses émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990, mais aussi de sa souveraineté. Dans un monde tiraillé par les pulsions prédatrices des pays exportateurs de pétrole et de gaz, notamment la Russie et les Etats-Unis, la dépendance énergétique est une faiblesse.

Aujourd’hui, la France importe 99 % des hydrocarbures qui constituent 60 % de sa consommation d’énergie, ce qui lui a coûté 58 milliards d’euros en 2024 et l’expose à tous les chocs géopolitiques. Pour commencer à inverser cette tendance, la programmation fixe un premier cap ambitieux : parvenir à 60 % de consommation d’énergie bas carbone en 2030.

Cet objectif est inatteignable sans une accélération dans l’électrification des usages. Il ne servirait à rien de produire de plus en plus d’électricité si les Français continuent à se déplacer et à se chauffer avec des énergies fossiles extraites à des milliers de kilomètres de l’Europe, dans des pays parfois hostiles. Ce deuxième pan de la stratégie est encore beaucoup trop soumis aux aléas politiques. A cause de l’instabilité gouvernementale, des changements voulus par différents ministres, des coupes budgétaires qui ont fait beaucoup varier les aides en matière de rénovation, les ventes de pompes à chaleur se sont ainsi effondrées en 2025.

Et, même s’il s’est vendu en Europe davantage de véhicules électriques que de véhicules thermiques en décembre 2025, la montée en puissance reste encore très fragile. Seule une politique volontariste, assez solide pour résister aux foucades climatosceptiques de l’extrême droite et assez souple pour accompagner les ménages et les entreprises, permettra à la France de s’installer sur cette voie vertueuse climatiquement et économiquement.

Le Monde

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